Après le succès de son dernier roman, L’Âge des amours égoïstes qui a obtenu en 2022 le prix de la création décerné par l’Académie Française, Jérôme Attal revient avec son nouveau livre, Neuf rencontres et un amour paru chez Fayard. Ce roman raconte l’histoire de deux êtres qui tentent de vivre ou de succomber à un amour exceptionnel et qui n’ont que neuf chances d’y parvenir.
En plus de son nouveau livre, Jérôme Attal revient également à la chanson avec la sortie de son nouvel album, Les Attaches Fines, dans lequel il collabore avec des artistes telles que Juliette Bossé et Gaëtane Abrial tout en restant à son domaine de prédilection : l’amour.


Culture & Passions : Vous avez sorti en début d’année un nouveau livre intitulé Neuf Rencontres et Un Amour chez Fayard. Il raconte les aventures de deux êtres, Anaïs Nin et Antonin Artaud. Pourquoi un livre sur la rencontre amoureuse ?
Jérôme Attal : C’est mon territoire. Je trouve que la rencontre amoureuse est très proche de la création. On projette ses envies, ses désirs, ses espoirs, ses manques… Il y a un côté très proche de la page blanche dans la rencontre amoureuse. J’aime bien l’idée que dans des métropoles comme Paris, Londres, on puisse rencontrer de telles personnes selon les itinéraires qu’on prend.
Anaïs Nin est écrivaine, Antonin Artaud est poète. Qu’est-ce qui vous a motivé à revenir sur leurs histoires ?
J’ai écrit ce livre de manière très moderne. Ce n’est pas très grave si on ne sait pas qui est Anaïs Nin ou Antonin Artaud. J’adore le personnage d’Anaïs Nin parce que c’est une écrivaine des années 30. C’est une féministe avant l’heure. Elle est très libre et en même temps, très paradoxale. Elle veut toujours aller là où son désir l’amène. Elle entre dans cette contradiction de l’amour où elle voudrait vivre des aventures et en même temps rester fidèle à l’aventure qui lui plaît le plus et elle finit par rencontrer Antonin un poète un peu maudit. Ils ont tous les deux 30 ans. Il devient complètement dingue d’elle. Il comprend très vite qu’elle a de multiples aventures notamment avec Henry Miller. Et ça, ça va le rendre dingue parce qu’il a vraiment envie d’elle et que d’elle. Ça m’a replongé moi-même dans les grandes heures de mon adolescence où j’étais très amoureux de filles qui sortaient avec tout le monde sauf avec moi. C’est aussi ça l’idée des « Neuf rencontres ». Lorsque vous rencontrez quelqu’un qui vous plaît, vous n’avez que huit autres possibilités pour qu’il se passe quelque chose avant que ça retombe dans une amitié un peu banale.
Avez-vous connu dans votre jeunesse des situations qui font écho à ce que vous développez vous-même dans votre livre ?
Toujours. Je suis un créateur. Je m’inspire toujours de ce que je ressens et de ce que je vois.
Le livre est sorti le 3 janvier dernier. Comment a-t-il été reçu ?
Très bien ! La bonne nouvelle, c’est que le livre est sélectionné pour le Prix Aznavour qui récompense un livre qui parle d’amour. J’espère être dans les quatre finalistes, ce serait génial.
En parlant d’amour, votre nouvel album Les Attaches Fines est sorti ce mercredi 14 février. Est-ce qu’il s’inscrit dans la continuité de votre nouveau livre ?
Oui exactement. J’y aborde des thèmes très proches du livre. Il y a des chansons qui pourraient même être la bande originale de ce livre. J’ai travaillé avec deux jeunes gens de 25 ans qui sont les Noroy. Ils font de la musique électro. Ils ont composé toutes les musiques. Ils avaient envie de travailler sur mes textes. Le processus de création a mis environ un an et demi. Nous sommes arrivés à douze chansons qui leur plaisaient à eux et à moi aussi.
Pourquoi « Les Attaches Fines » ?
C’est un titre qui fait référence à la silhouette féminine et aussi aux histoires d’amour. Ce qui m’a toujours fasciné dans les histoires d’amour, c’est qu’on peut passer de très proches à complètement étrangers. Il y a dans l’album une chanson qui s’appelle Beluga et qui interroge sur nos rapports avec la nature. Il y a plein de directions dans ce titre « Les Attaches Fines ».
Deux titres de l’album ont attiré mon attention, ce sont Ciné doré et Le chiffre. De quoi parlent ces chansons ?
Ciné doré parle d’une fille qui vit des choses tellement lourdes dans sa vie qu’elle va dans des cinémas pour se réfugier. Il y a dans cet album que j’aime beaucoup, c’est Juliette Bossé qui intervient dans ce titre. Le chiffre, c’est un constat plus contemporain sur le fait qu’aujourd’hui, le chiffre nous accompagne tout le temps. Lorsque vous faites des choses, on regarde toujours le nombre de followers que vous avez, combien de chiffres a rapporté votre dernier livre ou dernier album… C’est le constat d’une société qui, malheureusement, dans la culture aussi, n’a tendance à accorder de la valeur qu’au chiffre. C’est ce que déplore cette chanson. Mais je sais qu’Oscar Wilde qui parle du cynisme a cette phrase géniale : « Le cynisme, c’est connaître le prix de tout et la valeur de rien. » J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on a plus tendance à accorder de la valeur ou du crédit aux gens qui ont 50 000 followers plutôt qu’à ceux qui en ont 100.
On retrouve également dans cet album un duo avec l’ex-participante de Nouvelle Star, Gaëtane Abrial dans le titre La rivière et le monde…
Gaëtane, je ne la connaissais pas. J’ai trouvé sa voix superbe. Elle fait plusieurs voix dans la chanson. Elle dégage une atmosphère à la fois lumineuse et crépusculaire. J’ai adoré travailler avec elle.
Est-ce que vous prévoyez de faire un concert après la sortie de l’album ?
J’aimerais tellement mais là encore, c’est une question de chiffre. Pour faire un concert, il faut que le disque ait un peu d’intérêt et de retentissement. J’espère faire des concerts mais il n’y a rien de prévu pour le moment. Moi-même, je joue très mal le piano et la guitare. J’aurai besoin de musiciens. Il faut aussi du budget. J’avais fait un précédent album il y a dix-huit ans et c’est la première fois que je refais un disque. Le milieu de la musique a tellement changé. Autrefois, on sortait un single et l’album. Aujourd’hui, on sort des singles à répétition pour que l’algorithme s’habitue à votre présence. C’est dingue. En tout cas, je suis content d’avoir fait cet album.
Jérôme Attal sur les réseaux :
Image en une : Nicolas Burlot.
