Marguerite Lalèyê, autrice du livre L’Autre Terre : « J’aime être au cœur du vivant »

Thérapeute vivant en Suisse, Marguerite Layèyê a sorti son nouveau livre intitulé L’autre Terre. Un livre inspirant basé sur le développement personnel auquel elle retrace son parcours, de ses années passées en Afrique à son arrivée en Suisse où elle vit depuis 1997. Culture & Passions a rencontré Marguerite Layèlê lors de sa venue à Paris.

Culture et Passions : D’où vous est venue l’idée de faire un livre autour du développement personnel ?

Marguerite Lalèyê : Je suis thérapeute depuis seize ans. Ca fait presque vingt ans que je travaille dans le domaine de la relation d’aide. J’ai commencé par l’aide à domicile. Aborder le développement personnel autour d’un livre était une évidence pour moi. Je préfère plus le terme de développement humain.

Vous êtes d’origine béninoise mais vous êtes née au Zaïre (actuel RD Congo) à Lubumbashi le 20 juillet 1973 dans une famille de cinq enfants dont deux grands frères et deux petits frères. Votre grande sœur est morte trois jours après sa naissance. C’est votre père qui subvient aux besoins de la famille. Quel(s) souvenir(s) avez-vous gardé de votre jeunesse en Afrique ?

Mon père était enseignant, professeur de philosophie, d’anthropologie et de sociologie .Il était aussi écrivain. Etant petite, je me souviens qu’il y avait des bibliothèques un peu partout dans la maison. Quand il écrivait ses livres, nous, les enfants, on devait se tenir tranquille, on ne devait pas faire de bruit parce que ma mère notait mot par mot ce qu’il écrivait. J’ai baigné dans cette atmosphère-là. Deux ans après ma naissance au Zaïre, nous sommes partis vivre en Mauritanie pendant quatre ans. Nous sommes retournés au Zaïre quatre ans après. Ensuite, nous sommes partis au Sénégal. J’ai été bercée par les couleurs et le rythme de l’Afrique.

Pourtant, au départ, vous ne vouliez pas être de ce monde. Vous dites dans le livre : « Je me retiens de sortir de ton ventre. Je ne veux pas venir dans ce monde »…

Oui. C’est vrai qu’avec tout le cheminement de développement personnel que j’ai effectué en Suisse, j’ai pu vivre cette expérience de revenir dans la mémoire corporelle et de sentir un peu dans mon corps et dans mes tripes, dans quelle énergie j’étais au moment de vivre au monde. Il y a beaucoup de retenue, de tristesse et de peur. J’avais ce sentiment de laisser un peu ma maman, de l’abandonner dans sa solitude parce qu’en tant que fœtus, on sent la maman dans ce qu’elle traverse.

Vous dites aussi dans le livre que « la plupart des expériences douloureuses » de votre vie « se sont déroulées en Afrique ». Et que, pendant longtemps, vous n’avez « voulu garder de l’Afrique que les odeurs, les saveurs et de vagues souvenirs imprécis »…

C’est vrai qu’en Afrique, il y a eu des moments où je me sentais un petit peu seule. Je ne savais pas trop quoi faire. J’ai eu une éducation plutôt stricte. A l’école, on était parfois tapés. C’était dur. Je me suis parfois retrouvée dans des situations d’agression à l’extérieur. C’est tout un ensemble d’expérience qui ont été difficiles à vivre. L’Afrique a été la période où je subissais plus ma vie, puis, en arrivant en Europe, j’ai pu prendre du recul et considérer mon vécu autrement.

En 1997, alors âgée de 24 ans, vous quittez le Sénégal pour vous installer en Suisse. C’était la première fois que vous quittiez votre famille, qu’avez-vous ressentie à ce moment-là ?

C’était effectivement la première fois que je quittais ma famille pour un grand voyage. J’étais complètement décomposée en arrivant en Suisse. Je me souviens que mon père avait fait le voyage avec moi, jusqu’en Suisse. Il y avait beaucoup de joie mais aussi beaucoup de peur. Quand on quitte son cocon familial pour la première fois, on a un peu l’impression de devoir affronter le monde. Je me sentais un peu démunie. J’avais déjà eu l’occasion de passer quelques vacances en Europe car mes parents avaient quelques contacts. Mais grâce à mes nombreux voyages étant enfant, j’ai pu facilement m’adapter. C’était un pays comme un autre.

Comment vos proches ont-ils accueilli ce livre ?

Avec mes parents, il y a toujours eu ce côté un peu pudique. Au sein des familles africaines, on n’aborde pas forcément les choses aussi directement que j’ai pu le faire. Mais c’est vrai que le fait de lire ce livre leur a apporté une autre vision de moi. Ils ont pu découvrir de nouvelles choses sur moi. Ça a pu aussi enrichir les rapports entre nous. Je pense qu’ils se sont retrouvés aussi dedans et dans tout ce que j’ai partagé.

Est-ce que beaucoup de gens se sont reconnus à travers votre histoire ?

Oui, il y a beaucoup de résonance. En tant que thérapeute, je reçois de nombreux clients qui me parlent de leurs souffrances. Ce sont des thèmes qui nous touchent tous en tant qu’être humain. C’est un livre qui a inspiré beaucoup de gens. J’aime être au cœur du vivant.

Est-ce qu’au fond, le fait davoir écrit ce livre vous a fait du bien ?

Oui. Tous les livres que j’ai écrits jusqu’à présent s’appuyaient souvent sur des parties de mon vécu, de mon histoire. Et la particularité de ce livre, c’est que c’est vraiment un livre dans lequel je retrace l’ensemble de ma vie. Cela va de ma naissance à aujourd’hui. Plusieurs temps se sont mêlés dans ce livre. En tout cas, l’écriture ne va pas s’arrêter là pour moi !

Avec l’autrice Marguerite Layèyê lors de notre rencontre à Paris.

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