Le Pavillon Royal de la Muette renaît à Saint-Germain-en-Laye

Le Pavillon Royal de la Muette vient de rouvrir ses portes en plein cœur de la forêt de Saint-Germain-en-Laye après cinq ans de travaux. Laissé à l’abandon depuis les années 1970, ce lieu, classé Monument Historique, a été restauré par deux entrepreneurs passionnés d’histoire et d’architecture. Culture & Passions vous y emmène.

Le Pavillon Royal de la Muette vu de l’extérieur. Photo : Eric Sander.

En cet après-midi couvert de juin, Florence Jonchère, directrice du Pavillon Royal de la Muette nous ouvre les portes de cette magnifique demeure en plein cœur de Saint-Germain-en-Laye. Avant même d’entrer dans ce pavillon, on aperçoit un très beau jardin fleuri avec une grande tente d’une capacité de 250 personnes. Idéal pour des cérémonies de mariage en plein été. A première vue, le Pavillon Royal de la Muette paraît flambant neuf et pourtant, son histoire remonte à plusieurs siècles !

Au XVIIIe siècle, et plus précisément en 1767, Louis XV, Roi de France charge son première architecte, Ange-Jacques Gabriel, de lui construire un nouveau pavillon de chasse dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye. Ce dernier est d’ailleurs à l’origine de l’architecture de l’hôtel de Crillon dans le 8e arrondissement. « Louis XV lui a demandé un pavillon de chasse ici parce que la Cour était installé à Versailles. A l’époque, Versailles était très marécageux et ce n’était pas du tout bien pour chasser l’hiver. Louis XV cherchait un endroit pour chasser ici et il est tombé sur un endroit très sablonneux. C’est beaucoup plus favorable à la chasse de l’hiver », explique Florence Jonchère.

La vue extérieur du jardin du Pavillon Royal de la Muette. Photo : Agence DRP.

Il a fallu 7 ans pour permettre à Ange-Jacques Gabriel de construire ce fameux bâtiment. Pour cela, ce dernier reprend les codes architecturaux du Petit Trianon dont il avait également assuré la construction. Mais cela ne fut pas une mince affaire pour les ouvriers comme le raconte Florence Jonchère : « Au départ, ils avaient du mal à faire venir des ouvriers pour travailler sur le chantier parce qu’il était considéré comme trop isolé et qu’il n’y avait pas de lieu pour se restaurer à proximité », ajoute Florence Jonchère. A la suite de son illustre grand-père, Louis XVI viendra y pratiquer sa passion de la chasse et y croisera même Chateaubriand qui relate l’épisode dans ses « Mémoires d’outre-tombe. » Par la suite, Napoléon Ier poursuivra la grande tradition de la vénerie à La Muette en y réaménageant ses propres appartements. Puis, Napoléon III en fit le lieu privilégié pour entretenir ses relations diplomatiques à l’occasion de grandes chasses à courre, notamment en 1855 pour recevoir la reine Victoria.

Deux entrepreneurs passionnés d’histoire à l’origine de la restauration du Pavillon Royal de la Muette

Mais à partir des années 1970, le Pavillon Royal de la Muette est à l’abandon. Il faudra attendre 2019 pour qu’il connaisse une seconde vie sous la houlette de Benoît d’Halluin et Emmanuel Basse, deux entrepreneurs passionnés d’histoire et d’architecture. Toutefois, ce pavillon était dans un état insalubre. « Quand Benoît et Emmanuel ont racheté ce pavillon en 2019, il tombait vraiment en ruine. Le bâtiment avait été abîmé par la mérule qui est un champignon invasif », témoigne Florence Jonchère. Pour tenter de lui redonner sa superbe à ce Pavillon, Benoît d’Halluin et Emmanuel Basse ont fait faire beaucoup de recherches historiques pour retracer ce qui s’était passé pendant la construction.

Cette ambitieuse rénovation validée par Florent Richard, architecte des Monuments Historiques ainsi que par le ministère de la Culture, a été réalisée par Les Compagnons du Devoir, spécialisés dans la sauvegarde des monuments historiques. La rénovation a pris cinq ans. « On veut en faire un lieu d’événementiel notamment pour des mariages, des shootings, des tournages de clips », encourage Florence Jonchère. « L’urgence était dans un premier temps de sauver ce Pavillon Royal d’un délabrement irréversible car les planchers étaient effondrés, il pleuvait à l’intérieur et l’ensemble était rongé par le champignon de la mérule », explique Emmanuel Basse. « On n’est jamais véritablement propriétaire d’un lieu historique, mais des conservateurs et des passeurs d’histoire pour les générations futures« , témoigne Benoît d’Halluin.

Le Salon Octogonal, pièce maîtresse du Pavillon Royal de la Muette

Nous voici donc à l’intérieur de ce magnifique pavillon. Dès l’entrée, on a l’impression d’être en plein XVIIIe siècle. On commence par le Salon du Débotté du Roi, construit à la demande de Louis XV. C’est un salon où l’on retirait les bottes du monarque à son retour de chasse. Celui-ci a beaucoup été utilisé par Napoléon Ier, ainsi que par Napoléon III. On y trouve même un tableau qui représente Louis XV. « Napoléon Ier est souvent venu avec sa seconde épouse Marie-Louise. Il s’est pris d’affection pour ce lieu. On a retrouvé des correspondances entre lui et son intendant pendant qu’il faisait le siège de Russie », raconte Florence Jonchère.

Après avoir visité le Salon des officiers qui est le plus petit des trois salons avec un plafond totalement refait comme dans tous les autres salons, nous arrivons dans le Salon Octogonal considéré comme la pièce maîtresse du Pavillon Royal de la Muette. C’est un superbe salon. Le plancher a été refait à l’identique. Il est totalement neuf. Les boiseries ont été envoyées en clinique de boiserie, traitées, soignées et reposées dans ce pavillon. « Dans un monument historique, on ne remplace que ce qui est irréparable », explique Florence. Toutes les vitres ont été changées et remplacées par des vitres un peu à l’ancienne. Il y a même des prises pour recharger son téléphone ou son ordinateur !

Le salon des officiers du Pavillon Royal de la Muette. Photo : Eric Sander.
Le salon Octogonal du Pavillon Royal. Photo : Kevin Sonsa-Kini.

Quant aux cheminées, destinées au chauffage du bâtiment, elles sont également des objets d’aménagement de qualité et un marqueur de la noblesse des lieux. Les rénovations ont ainsi permis aux cheminées de retrouver leur faste d’antan dans leurs salons respectifs. La cheminée du grand salon, aux dimensions majestueuses, cache une origine prestigieuse car elle est un réemploi du Grand Trianon de Versailles. La cheminée époque Louis XIV en marbre rouge de Caune-Minervois dans le Languedoc a fait l’objet d’une minutieuse restauration par le marbrier Alain Daudré et son équipe.

Les chambres royales de Napoléon et Marie-Louise

Après avoir découvert les salons, nous arrivons maintenant dans les chambres mais pas n’importe lesquelles : celles de Napoléon et de son épouse Marie-Louise. Celles-ci ont été habillées des tapisseries de Jean-François Bic et aménagées selon le style empire. Tous les mobiliers ont été achetés en salle des ventes de l’Hôtel Drouot situé dans le 9e arrondissement de Paris. Et le résultat est plus que réussi ! Le Pavillon Royal de la Muette comporte également huit chambres dont six situées au deuxième étage.

La chambre de Marie-Louise, seconde épouse de Napoléon. Photo : Kevin Sonsa-Kini.
La chambre de Napoléon. Photo : Kevin Sonsa-Kini.
L’une des huit chambres du Pavillon Royal. Photo : Kevin Sonsa-Kini.

Avec sa rénovation complète des bâtiments et des jardins, le Pavillon Royal de la Muette a encore de très beaux jours devant lui !

Site du Pavillon Royal de la Muette : https://www.pavillondelamuette.com/

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