Leanna Chea : « Les rôles stéréotypés, ça ne m’intéresse pas »

Actrice française d’origine cambodgienne et vietnamienne, Leanna Chea s’est fait connaître dans le court-métrage Minh Tâm réalisé par Vincent Maury et pour lequel elle a reçu plusieurs prix d’interprétation féminine. Elle a également été l’une des actrices principales du film Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu sorti en 2023. On pourra la retrouver au cinéma aux côtés de Clotilde Chevalier dans Dans la cuisine des Nguyen, le nouveau film de Stéphane Ly-Cuong qui sortira le 5 mars prochain. Elle en parle dans cette interview à Culture & Passions.

Culture & Passions : Tu es l’une des actrices du film Dans la cuisine des Nguyen de Stéphane Ly-Cuong dans lequel tu joues Fufen. Comment as-tu été approchée pour participer à ce film ?

Leanna Chea : Je connaissais bien le réalisateur car on avait tourné ensemble sur un premier long-métrage en 2017. On s’est tout de suite très bien entendus. Il m’avait parlé de ce projet qui existait déjà en comédie musicale théâtrale. C’était une pièce de théâtre sur scène avec un musicien qui était déjà autour d’Yvonne Nguyen mais ça ne racontait pas la même histoire. Dans le film, la relation mère/fille est beaucoup plus mise en avant que dans la pièce qui s’appelait Cabaret Jaune Citron. Petit à petit, on est devenus très proches Stéphane et moi. Il m’a proposé d’incarner un personnage. Je lui ai dit : ‘Stéphane, c’est avec grand plaisir mais je ne sais pas comment je dois le prendre parce que c’est un peu la peste.’ (Rires). Mais en même temps, ce personnage parle beaucoup de gens que l’on a rencontrés Stéphane et moi, lui qui a côtoyé le milieu de la comédie musicale et moi qui ai été danseuse. C’est un milieu très concurrentiel avec des gens pas toujours très sympas mais pas détestables non plus.

Comment était l’ambiance lors du tournage ?

C’était génial ! On a beaucoup ri, c’était très chouette. Stéphane est un réalisateur très agréable à travailler. Tout le monde venait avec la bonne humeur, le sourire… C’est à l’image du film qui n’est pas à gros budget, bien en dessous de trois millions d’euros. Ce qui nous motivait, c’était l’ambition artistique de Stéphane et l’histoire.

En tant qu’ancienne danseuse, on imagine que tu as pris aussi beaucoup de plaisir pour les chorégraphies, avec Thomas Jolly entre autres ?

Oui c’était très cool ! C’est Caroline Roelands qui était à l’origine des chorégraphies. Thomas Jolly est vraiment venu en tant qu’acteur parce que c’est l’une de ses ambitions aussi de faire plus de films.

As-tu des anecdotes de tournage à raconter ?

C’est vrai qu’on se faisait beaucoup de blagues, on a beaucoup rigolé mais il n’y a rien eu de très folichon ni de bizarre. Mais on a quand même quelques fous-rires sur les costumes. Pour mon personnage, j’ai demandé à avoir une silhouette différente à chaque scène. Je me souviens même d’une chanson que mon personnage interprète dans le film et les paroles sont vraiment hilarantes. C’est lors d’une audition pour un personnage qui s’appelle Fleur de Lotus. Elle parle de son amant qui vient d’occident, de son triangle d’or pour faire allusion à ses parties intimes… Lorsque je chante la chanson, j’ai juste envie d’éclater de rire.

Il y a deux ans, tu étais à l’affiche du film de Guillaume Canet, Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu où tu jouais Tat Han, la garde du corps de la princesse Fuyi. Quels souvenirs en gardes-tu ?

Un merveilleux souvenir ! Je me souviens d’avoir eu quand même pas mal de souffrances physiques parce que ce n’était pas facile. C’était un rôle hyper intense. J’ai adoré me préparer pour ce rôle, être sur le plateau… Tous les jours, j’avais l’impression d’aller au Parc Astérix pour de vrai ! Ce fut une très belle expérience. En plus, le casting était énorme. Tout le monde était adorable. Ça s’est super bien passé.

A travers les différents rôles que tu as effectués au cinéma, n’as-tu pas l’impression d’être un peu « l’asiatique de service » ?

J’essaie de faire très attention à ça. Pour Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu, c’était compliqué parce que tout le monde était soit le Gaulois de service ou l’asiat’ de service parce que c’est l’histoire qui veut ça. Mais dans l’ensemble, j’essaie de ne pas être cantonnée à ce genre de rôle parce que, artistiquement, ce n’est pas ce qui m’intéresse. J’ai surtout envie de défendre des vraies histoires. Si ce sont des rôles qui demandent d’être asiatique mais qu’il y a des choses à défendre, je suis partante. Par contre, les rôles stéréotypés, ça ne m’intéresse pas.

Espères-tu un jour remporter le César de la meilleure actrice ?

Evidemment. Je ne fais pas ce métier pour la reconnaissance mais je ne vais pas nier que ça fait toujours plaisir d’avoir un César ou un Oscar. C’est un métier où il y a de l’incertitude tous les jours. On se remet tout le temps en question, on a toujours besoin d’être rassuré. On est toujours face à de la concurrence, mine de rien. C’est beaucoup de travail. On pense que c’est juste se mettre devant la caméra mais on met beaucoup de nous-mêmes émotionnellement. On s’engage énormément… Ce n’est pas facile tout le temps. Et quand on a la reconnaissance ou un prix, c’est une jolie récompense. Je suis quand même fière d’avoir obtenu des Prix d’interprétations grâce au court-métrage Minh Tâm. C’est ce qui m’a permis de trouver un agent et de me lancer vraiment dans le métier après ma formation acting au Studio Pygmalion.

Quelle est la suite de tes projets pour 2025 ?

Je vais jouer dans une série qui va s’appeler GIGN réalisée par Julien Leclercq et qui sera diffusée sur Netflix. C’est Tomer Sisley qui va jouer le rôle principal. On va tourner à partir du mois de février. J’ai aussi des projets d’écriture. Je ne sais pas si cela va se faire en 2025 mais c’est dans mes petits papiers.

Image en une : Antoine Maokampio.

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