Avec Turn Me On, présenté en exclusivité sur UniversCiné dès le 17 novembre 2025, Michael Tyburski signe un film déroutant, d’une élégance froide, qui ausculte notre époque. Après The Sound of Silence, le réalisateur new-yorkais retrouve ce goût pour les atmosphères feutrées, les univers polis jusqu’à l’inquiétant, et cette capacité singulière à révéler l’humain dans ce qu’il y a de plus vulnérable.




Le pitch, présenté dans le dossier de presse, est limpide : dans une société isolée au milieu des forêts et des montagnes, les émotions humaines ont été supprimées par une pilule quotidienne. Joy et William, jeunes adultes au psychisme réinitialisé, cessent un jour de la prendre. Ils découvrent alors l’amour, le désir, la joie… mais aussi la peur, la tristesse, la jalousie, tout ce tumulte profond qui fait de nous des êtres pleinement vivants.
Un monde aseptisé, d’une beauté dérangeante
Le film s’ouvre sur un rituel glaçant : pour rejoindre la communauté gérée par « OurFriends », chaque nouvel arrivant doit brûler ses objets personnels, effaçant symboliquement sa mémoire et réinitialisant sa vie. Ce geste à la fois simple et terrifiant, pose les bases d’une dystopie où tout débordement émotionnel est considéré comme une menace à l’ordre.
Visuellement, Tyburski compose un univers d’un calme presque insupportable. Les décors élaborés par la designer Annie Simeone Morales jouent sur les lignes impeccables, les couleurs étouffés et les matières froides. La photographie de Matt Mitchell privilégie les plans fixes, comme autant de tableaux sous surveillance, renforçant la paranoïa douce qui habite ce monde où tout est contrôlé : interactions, alimentation, emploi, relations conjugales. Même la scène de la salle de bain – filmée comme un Eden de végétation tropicale – devient un symbole : la nature jaillit là où l’humain recommence enfin à ressentir.
Une dystopie minimaliste, troublante et parfois oppressante
Au final, Turn Me On est une dystopie minimaliste, troublante, parfois oppressante, mais profondément humaine. Un film qui murmure que nos émotions – même les pires, même les plus incontrôlables – sont notre dernier rempart contre l’uniformité, notre ultime preuve d’existence. A l’heure où tout semble nous pousser à optimiser, lisser, maîtriser, Tyburski nous rappelle une vérité simple : ressentir est une insoumission nécessaire. Un film précieux, qui continue de hanter longtemps après le générique.
Turn Me On, un film de Michael Tyburski, Fiction, 1h39 avec Bel Powley (Joy), Nick Robinson (William), Etats-Unis.
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