Emmanuelle Gaume : « La place du son en France est moins valorisée que d’autres pays »

Autrice, productrice et ex-animatrice télé, Emmanuelle Gaume a co-fondé et ouvert la Maison des récits, une résidence d’écriture audiovisuelle en septembre 2024. Elle a également fondé l’EICMI (Ecole Internationale de Composition de Musique à l’image) dont l’ouverture est prévue en septembre prochain à Châteauroux. A l’occasion du Festival de Cannes qui se tient jusqu’au 24 mai prochain, Emmanuelle Gaume est membre du jury du Prix de la meilleure création sonore édition 2025.

Emmanuelle Gaume en compagnie de Martin Luminet à gauche, Christian Hugonnet à droite, Janine Langlois-Glandier et Gérard Krawczyk lors du Festival de Cannes 2025. Photo : Payam Azadi.

Culture & Passions : Vous êtes l’une des membres du jury du Prix de la meilleure création sonore édition 2025. Pouvez-vous présenter ce qu’est ce prix pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas ?

Emmanuelle Gaume : C’est un prix qui récompense un film dans une sélection particulière à Cannes qui s’appelle Un certain regard. Cette sélection est particulière pour plusieurs raisons : d’abord parce qu’elle abrite beaucoup de premiers films. Sur les 20 films qui sont diffusés, 9 sont des premiers films. C’est une particularité de cette sélection. Ensuite, la sélection Un certain regard a toujours été une sélection qui permettait de voir des films que l’on ne voit pas aussi souvent au cinéma. Le Prix de la création sonore récompense un réalisateur qui a construit autour de lui, une équipe pour travailler le fond de son film. Cela va de la musique à la prise de son, en passant par la création sonore du film.

C’est le réalisateur Gérard Krawczyk qui préside le jury. Comment avez-vous été approchée pour participer à cette édition ?

Je suis en train de créer à Châteauroux avec la complicité de la région du Centre Val-de-Loire la première école de composition de musique à l’image en France qui s’adresse à des jeunes qui sortent du bac. Il existe de très bonnes écoles de cinéma d’animation, des écoles excellentes pour former les jeunes aux jeux vidéo. Mais il n’existait pas en France d’écoles post-bac qui accueillent des jeunes après leur bac pour être formés en trois à cinq ans à la composition de musique à l’image et à la composition sonore. Cette école va naître à Châteauroux en octobre prochain. Et étant donné que Gérard Krawczyk est un grand passionné de création sonore, c’était une évidence pour lui de me faire venir dans le jury.

Qu’est-ce qui vous plaît dans la création sonore ?

Pour moi, c’est un langage à part entière. Dans le cinéma, la première écriture, c’est l’écriture scénaristique. D’ailleurs, en France, les scénaristes sont considérés comme des auteurs. Le deuxième auteur d’un film, c’est le réalisateur. Eh bien le troisième auteur, c’est le compositeur. C’est quelqu’un d’essentiel. J’ai un attachement très particulier au son. Quand vous enlevez le son d’un film, le film s’écroule, il ne tient plus. La place du son est centrale. Mais comme nous sommes un pays très obsédé par le visuel, c’est vrai que la place du son et de la musique est moins valorisée que dans d’autres pays. Notre culture de la musique et du son en France est moins forte qu’en Allemagne, en Angleterre… Je ne vous parle pas des Etats-Unis parce que là-bas, la place du son et de la musique est énorme !

L’année dernière, c’est le film Armand de Halfdan Ullmann Tondel qui a remporté le Prix de la meilleure création sonore. Avez-vous vu ce film ?

Non. Je n’ai pas vu ce film-là. En revanche, j’ai vu le film Flow (du réalisateur letton Gints Zilbalodis).

Pour revenir à l’EICMI, cette école que vous avez fondée et qui ouvrira à la rentrée, avez-vous déjà des candidatures ?

Bien sûr ! Et on en attend d’autres puisqu’on a commencé la promotion assez tardivement. On est très heureux que vous en disiez un mot parce qu’il faut vraiment faire connaître cette école un maximum pour que les jeunes aient conscience qu’il existe désormais un lieu où ils peuvent être accueillis juste après le bac. Ce qui n’existait pas jusque là. C’est absolument essentiel dans ces métiers-là d’avoir une grosse culture générale. C’est-à-dire de connaître l’histoire et les techniques du cinéma, de la musique… C’est important pour un jeune de savoir comment est-ce qu’on fabrique un film d’animation, un jeu vidéo… C’est essentiel.

Vous développez actuellement un projet de série en co-production avec France Télévisions et Wild Bunch. De quoi s’agit-il ?

C’est l’adaptation d’un roman que j’ai écrit sur Alice Guy qui est la première femme cinéaste de l’histoire du cinéma. On la connaît assez peu même si on en parle beaucoup plus aujourd’hui qu’à l’époque où j’ai commencé à travailler sur le sujet en 2012. Aujourd’hui encore, il y a très peu de femmes dans ces métiers-là parce qu’elles n’osent pas. Il faut ouvrir la voie pour elles.

Site de la Semaine du Son : https://www.lasemaineduson.org/

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