Artiste aux origines berbères, Syna Awel a sorti un album intitulé AWEL en 2024. Un opus marqué notamment par le titre Hess I wul-ik qui a tapé dans les oreilles de Dee Nasty, DJ, producteur et pionnier du hip-hop français qui a proposé une nouvelle version du titre. Entre percussions maghrébines et textures urbaines, cette collaboration tisse un pont subtil entre héritage et modernité, offrant une relecture envoûtante et sensible.


Culture & Passions : Tu as sorti l’année dernière l’album AWEL. Quel bilan fais-tu un an après ?
Syna Awel : J’en tire un bilan positif. Pendant plus de dix ans, je me suis réappropriée mes origines. J’ai demandé à mes musiciens de jouer des mélodies orientales dans chacun de mes morceaux. Je suis allée aux Etats-Unis mais beaucoup au Sénégal aussi. J’ai joué avec des musiciens sénégalais, j’ai enregistré un EP de quatre titres qui n’est jamais sorti… Je me cherchais dans mon africanité. J’ai continué à faire plein de concerts puis j’ai fait la première partie d’un grand chanteur qui est l’ambassadeur de la musique kabyle dans le monde, c’est Idir.
A ce moment-là, je chantais en français, et le fait de savoir que j’allais faire la première partie de ce grand monsieur, j’ai demandé à mon père de me traduire un de mes textes en kabyle. Il fallait vraiment que je chante en kabyle pour lui faire honneur. J’ai demandé à Idir de me donner des conseils pour m’améliorer, pour avancer. Il m’a demandé pourquoi je ne chantais pas davantage en kabyle. Mais moi, ma langue maternelle, c’est le français. Je n’ai pas appris le kabyle avec mes parents. Ils voulaient que je m’intègre un maximum en France. Du coup, j’ai dit à Idir que je ne me sentais pas légitime de chanter en kabyle avec mon accent français car c’est hyper dur l’accent kabyle. Et il m’a dit qu’au contraire, les gens seraient hyper fiers car c’est une manière de promouvoir la kabylie.
A partir de là, j’ai décidé de traduire toutes mes chansons en kabyle et de m’entourer de musiciens spécialisés dans la musique africaine et berbère. Et dans cet élan, j’ai eu la merveilleuse chance de rencontrer sur mon chemin Karim Ziad qui est pour moi l’un des meilleurs batteurs de son temps. Il m’a fait une direction artistique que j’adore vraiment dans mon album Awel. Il m’a tout sublimé. Il m’a proposée David Aubaile au piano. Il a notamment joué avec Souad Massi. Il a aussi fait les albums de Sergent Garcia. J’ai eu aussi Pierre Bonnet à la basse. Il m’a fallu tout ça pour mon album.
Quelles sont les chansons sur lesquelles tu as le plus de retours positifs ?
C’est surtout sur le titre Hess I wul-ik qui a bien marché. Hader iman-ik a bien marché aussi. Il passe beaucoup en radios et en playlists. Le titre Mazel Mazel a beaucoup plu parce qu’on a dépassé le million de vues. Il est beaucoup plus commercial que les autres. Après, je suis à l’écoute de tous les retours qu’on me fait. Cet album était aussi pour moi une façon de montrer tout le panel que je proposais.
Tu as récemment partagé le remix de Hess I wul-ik avec Dee Nasty. Pourquoi as-tu fait appel à lui ?
En fait, ce n’est pas moi qui l’ai invité, c’est lui qui me l’a proposée. Il est venu à mon concert de sortie d’album au New Morning à Paris, il a adoré. C’est quelqu’un que j’apprécie énormément tant musicalement qu’humainement. C’est un mec extra, avec une sensibilité de dingue, il est super, très généreux. Du coup, il a proposé un remix d’un de mes morceaux à mon manager. J’étais super contente et honorée alors que lui pensait que j’allais peut-être mal le prendre. Pour moi, c’était un vrai cadeau. Du coup, il a choisi Hess I wul-ik qui lui parlait le plus. D’ailleurs, quand il m’a envoyé la première version, tout était génial. Je n’avais rien à lui dire de plus. Il n’y avait rien à changer. Ensuite, il m’a envoyé plusieurs autres versions parce qu’il y avait des endroits où il n’était pas totalement satisfait et ainsi de suite. Comme quoi, rien n’est totalement terminé. Mais pour moi, ce morceau est parfait comme il est.
Comment a été reçu le remix de Hess I wul-ik ?
Malheureusement, comme il est sorti il y a peu de temps, je n’ai pas encore le recul. Mais ce que je sais, c’est que ce titre m’a fait élargir mon public. Plein de gens qui suivaient Dee Nasty se sont intéressés à moi grâce à lui. Ça a aussi permis à Dee Nasty de montrer l’étendue de son talent avec une musique comme celle-là. Il a choisi un de mes morceaux qui est un peu perché. C’était un challenge de dingue.
Hormis Dee Nasty, y’a-t-il d’autres artistes avec qui tu aimerais collaborer ?
Il y a un artiste avec qui j’aimerais collaborer parce que j’adore ses textes et ce qu’il incarne, c’est Grand Corps Malade. J’adore aussi la musique latine. J’aimerais bien faire un duo avec Yuri Buenaventura. Je l’ai déjà rencontrée mais pour le moment, rien de concret. Mais je suis une éternelle optimiste. Il m’est arrivé des choses que j’ai désirées très fort et qui sont arrivées. Je fais partie des gens qui continuent à croire en leurs rêves, ça c’est sûr.
C’est quoi la suite des projets pour toi ?
Cet été, j’ai décidé de faire une pause parce que j’ai vécu une année riche. Mon corps montrait des signes de faiblesse et il a fallu que je l’accepte. Du coup, je me suis mis dans la création du projet d’album. Je suis super inspirée, ça avance super bien. Je me suis dit que j’allais profiter de cet été pour bosser ma musique, écrire… Et je redémarre au mois d’octobre avec un concert au Théâtre Le République le 12 octobre prochain. J’ai eu un vrai coup de cœur partagé avec Sami, le Comte de Bouderbala qui est propriétaire de ce théâtre. Il m’a proposé d’être résidente et la première date sera le 12 octobre. Je serai ensuite au Metronum de Toulouse le 16 octobre. Parallèlement, je suis aussi responsable du Théâtre Lino Ventura à Nice et mine de rien, ça me prend de l’énergie et du temps.
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