Yassine Le Coustumer dépeint la réalité du milieu artistique dans « Mon Temps »

Jeune rappeur de 24 ans, Yassine Le Coustumer, connu sous le nom de Meurdok Junior, a décidé de se servir de son passif dans le rap pour en faire un long métrage intitulé Mon Temps. Il y joue son propre rôle et dépeint la dure réalité du milieu artistique qui s’avère un parcours du combattant. Il en parle dans cette interview à Culture & Passions.

L’affiche du film Mon Temps de Yassine Le Coustumer sorti le 21 juin 2025. Photo : Mizaj Jayid.

Synopsis du film : Après avoir perdu son contrat, Yassine se rend à un concert de rap dans une maison de quartier tenue par Alkpote. Il y interprète une de ses chansons et est remarqué par Shams, un ingénieur du son qui lui propose d’enregistrer quelques morceaux. Vivant seul avec son père, il a du mal à lui faire comprendre ses envies car, pour ce dernier, la musique n’est pas quelque chose de concret et il souhaiterait que son fils ait une situation stable. C’est dans ce contexte que Yassine devra jouer dans différents domaines, enregistrant des chansons avec Shams la nuit et faisant des petits boulots la journée. Une opportunité se présente lorsqu’un directeur artistique d’une maison de disques s’intéresse à sa musique, il va tout faire pour la saisir, quitter à se mettre Shams à dos…

Culture & Passions : D’où t’es venue l’idée de faire un film ?

Yassine Le Coustumer : Je viens du milieu du rap et je me suis heurté à une réalité où c’était compliqué. Ça m’a donné l’inspiration pour faire un film. J’ai toujours été passionné de cinéma. J’ai essayé de faire un projet qui me plaît et qui puisse raconter des choses que j’avais envie de dire.

Combien de temps il t’a fallu pour réaliser ce film ?

Assez longtemps en réalité. J’ai commencé à écrire le scénario fin 2021. Ensuite on a tourné le film à l’été 2023 et il sort là. Mais à côté de ça, je continuais à faire de la musique, d’autant plus que ce n’est pas ma profession. Il fallait que je travaille pour pouvoir gagner ma vie.

Dans le film, tu es un jeune homme qui rêve de percer dans le rap. Tu es repéré par un ingénieur son qui s’appelle Shams. Parallèlement, tu exerces des petits boulots notamment en mission locale. Un jour, tu rencontres un producteur qui tente de te propulser en tant que grand artiste mais pour cela, il va falloir lui rendre un clip de grande qualité. Mais les choses ne se passent pas comme prévu au point même que toi et ton producteur en venez en main…

Oui, mais c’est symbolique. J’ai voulu illustrer le fait que cette industrie demande toujours des choses mais c’est un peu hypocrite dans le sens au début ça passe par faire un clip. Ensuite, faut développer une image, faire des millions de vues… Et à chaque fois, ce n’est pas suffisant. C’est la course au chiffre, au buzz… Et pour les artistes, tout ça amène à oublier pourquoi ils font ça de base. A la fin, ça finit toujours mal. Le sujet du film était de raconter le parcours des artistes qui galèrent.

Est-ce que ce film est une manière de mettre en lumière la galère et les difficultés à se lancer dans la carrière artistique ? C’est presque un parcours du combattant au final ?

Oui c’est vrai. Et il y a aussi tout ce qu’il y a autour. Le fait de faire du buzz, développer une image, faire des millions de vues… C’est ça qui est le plus dur. Si on était dans une logique plus classique, les personnes qui font les meilleurs textes et les meilleurs sons seraient les plus forts. Aujourd’hui, ça ne suffit plus de se concentrer uniquement sur son art. Après, ça ne concentre pas que le milieu artistique. Il y a aussi l’insertion des jeunes, les difficultés à trouver du travail… Ce film est aussi une photographie de l’époque dans laquelle je vis. C’est aussi pour ça que je l’ai appelé « Mon époque ».

D’ailleurs, dans le film, ton père ne t’encourage pas vraiment dans la carrière artistique. On imagine aussi l’importance de l’entourage familial…

Oui c’est vrai. Après, je ne dirais pas qu’il ne m’encourage pas. C’est surtout qu’il a une vision plus pragmatique de la vie et c’est compréhensible. On ne peut pas demander à quelqu’un qui s’est levé le matin pendant trente ans de croire qu’avec des chansonnettes, tu vas devenir riche. Ça ne mène à rien pour lui. Mais il y a quand même de la bienveillance vis-à-vis de ce que je fais. C’est normal pour un parent de s’inquiéter pour un enfant.

Penses-tu que ce film peut servir d’inspiration à des jeunes qui voudraient se lancer dans le rap ?

Je pense que ça pourrait plutôt servir de prévention parce que ça raconte la réalité du milieu artistique. Après, ça reste une fiction. Il y a évidemment un peu de romance mais je pense que ça avertit quand même. C’est ma façon de dire aux gens : ‘Regardez où ça mène’. Je donne des clés mais chacun en fait sa lecture. J’ai surtout raconté mon histoire et après, si ça peut servir d’exemple à certains ou divertir d’autres personnes, c’est bien aussi.

Le film Mon Temps en intégralité :

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