Avec Trans Memoria, la réalisatrice suédoise Victoria Verseau signe un premier long métrage d’une rare intensité, un film qui tient autant du journal intime que du poème funèbre. Porté par la disparition de Meril – amie, sœur d’armes et miroir de sa propre transition – le documentaire se construit comme une traversée du deuil et une reconquête de soi.


Synopsis : Victoria remonte le temps pour comprendre ce qui la définit en tant que femme et se confronte alors au deuil de son amie Meril. Le film devient un espace pour partager sa douleur et les souvenirs de son opération avec Athéna et Aamina, elles-mêmes au début de leur propre parcours de transition. En retournant en Thaïlande, elles partent à la recherche des fantômes du passé et d’un futur meilleur.
Avec Trans Memoria, Victoria Verseau signe un premier long métrage d’une rare intensité, un film qui tient autant du journal intime que du poème funèbre. Porté par la disparition de Meril – amie, sœur d’armes et miroir de sa propre transition – le documentaire se construit comme une traversée du deuil et une reconquête de soi. Ce qui frappe d’abord, c’est la sincérité lumineuse qui traverse le film : une exposition de soi radicale, jamais narcissique, où la vulnérabilité devient langage.
Victoria Verseau retourne en Thaïlande, là où tout a basculé — l’opération, la rencontre avec Meril, les premiers pas vers une nouvelle existence. Ces lieux abandonnés, presque figés dans le temps, deviennent des acteurs du film : hôtels désertés, centres commerciaux effondrés, terrains boueux… autant de paysages qui racontent la perte mieux que les mots. Accompagnée d’Athena et d’Aamina, deux jeunes femmes en début de transition, la cinéaste explore ce que signifie « devenir soi ». Et elle n’esquive rien : ni les douleurs post-opératoires, ni les doutes, ni les tensions entre elles. Ce courage de montrer la lutte, la vraie, donne au film une puissance rare. Trans Memoria ne cherche pas à expliquer la transidentité : il la vit, la ressent, la traverse.
Trans Memoria, un film qui serre la gorge mais laisse passer la lumière
Visuellement, c’est un patchwork vibrant : images tremblées, tableaux nocturnes, archives intimes… Verseau mélange les textures comme on assemble des souvenirs. Et au milieu du générique, une scène inattendue vient apporter un souffle de joie et d’autodérision, preuve que même après la nuit, il reste des paillettes. Au fond, Trans Memoria raconte la question la plus universelle qui soit : comment continuer à vivre quand ceux qui nous construisaient ne sont plus là ? Avec douceur, force et fragilité, Victoria Verseau transforme cette absence en acte de cinéma. Un film qui serre la gorge mais laisse passer la lumière.
Trans Memoria, un film de Victoria Verseau. Suède, documentaire, 72 minutes. Distribution : Outplay Films.
