Autrice, compositrice et interprète franco-marocaine aux influences multiples, Ines de las Sierras incarne un parcours singulier, entre excellence académique et vocation artistique assumée. Après un passage remarqué par les sphères diplomatiques, elle choisit de revenir à la musique avec Romanza, un album concept où Paris devient muse, décor et fil conducteur. Nourrie d’esthétiques années 50, de jazz et de musiques du monde, sa voix ample et lyrique tisse un dialogue sensible entre héritage, cosmopolitisme et modernité. Rencontre.

Culture & Passions : Avant d’évoquer votre album, revenons brièvement sur votre parcours. Vous avez été formée très jeune au chant, au violon, à la danse et à la peinture. Vous avez suivi un parcours d’excellence en droit, journalisme et relations internationales. A quelle moment la musique a-t-elle pris le dessus ?
Ines de las Sierras : La musique a toujours été là, elle n’a jamais disparu de ma vie. Lorsque j’étais étudiante à la Sorbonne, je ne pouvais pas mener à bien mes études au Conservatoire car mes études supérieures me prenaient beaucoup de temps. J’ai donc arrêté le violon à l’âge de 18 ans et je n’ai pas suivi mes études au Conservatoire jusqu’en 2022 où j’ai appris le chant lyrique.
Votre premier album Romanza, c’est un peu la musique des années 50 remise au goût du jour. De quoi est inspiré ce projet ?
Il est inspiré à la fois de mes influences et de mon amour pour la mode et les chanteuses françaises des années 1950 telles que Dalida, Edith Piaf, Barbara pour ne citer qu’elles. Je me suis inspirée aussi d’artistes comme Jacques Brel, Georges Brassens et Léo Ferré. J’ai toujours eu, depuis l’âge de 19-20 ans, une attirance pour l’esthétique parisienne des années 50. C’est ce qui a nourri l’album et ce qui fait de moi celle que je suis aujourd’hui. Il y a aussi des influences jazz, j’en écoute depuis que je suis adolescente. J’écoutais beaucoup Amy Winehouse. Puis il y a également des influences latines avec notamment Lila Downs qui est une grande chanteuse mexicaine, Césaria Evora etc.
Quel a été l’accueil à cet album ?
J’ai reçu beaucoup de retours de gens qui trouvent que l’album leur fait voyager, que les chansons sont originales. Ils trouvent aussi que les chansons sont assez différentes de ce que l’on entend à la radio et que c’est un projet assez unique. Ça promet de belles choses à l’avenir.
L’album a été travaillé en étroite collaboration avec Bruno Edelman-Niver et Fred (Frédéric) Parker Aliotti, qui sont-ils ?
Fred Parker Aliotti est l’arrangeur de l’album. C’est lui qui a arrangé les chansons. Bruno est le parolier et le producteur de l’album. Il est aussi poète. Il a aussi enregistré sa voix dans l’album. C’est également lui qui a mis en scène le spectacle Romanza, une diva à Paris qui est tiré de l’album.
Vous étiez en concert au Café de la danse mercredi 11 février dernier. Quelles sont vos impressions ?
Je suis heureuse que ça se soit bien passé parce que j’avais beaucoup d’appréhensions, c’était ma première grande scène. D’autant plus que je sortais d’une bronchite qui a duré deux semaines. J’avais la voix cassée et c’était affreux. Et la veille du concert, ma voix est revenue. A chaque fois, c’est pareil. J’ai des problèmes vocaux avant le concert et le jour-J, tout se passe bien. Je suis très fière d’avoir pu aller au bout de ce projet et d’avoir tout donné vocalement. Je suis aussi très contente d’avoir été entourée de musiciens aussi talentueux qui m’ont accompagnée et puis les comédiens qui ont assuré sur scène.
Vous aviez d’ailleurs adressé un petit message à votre père qui était présent lors du concert…
Oui. Quand on est artiste, on sait souvent que ça ne matche pas avec les attentes des parents, surtout lorsqu’on est enfant. Ils s’attendent à ce qu’on ait un métier qui nous permette de vivre convenablement, qu’on soit médecin, avocat etc. Mes parents, quand je leur ai annoncé que je voulais être artiste et que je n’allais pas suivre une voie de diplomate ou passer le concours de la haute fonction publique, ils ne l’ont pas très bien pris au début. Ça les a beaucoup angoissés.
Quand mon père était à ce concert, j’ai pu lui dire : Je ne suis pas qu’un troubadour qui chante dans les rues de Paris, je suis sur scène. Ça l’a beaucoup touché. Ça fait du bien de rendre fiers ses parents. C’est aussi pour eux qu’on le fait, on veut leur montrer qu’on est capable de réussir, même si on n’a pas pris le même chemin qu’eux.
Vous serez en mars à l’Adelaïde Fringe Festival en Australie dans le cadre du concert théâtralisé Romanza, une diva à Paris. Comment vous sentez-vous ?
Déjà, ce qui me fait paniquer, c’est toute la logistique qu’il y a derrière pour aller jusqu’en Australie. C’est dingue, c’est l’autre bout de la terre quand même ! Mais je suis très contente. Je suis très excitée à l’idée d’aller jouer devant un public étranger. On va promouvoir la culture musicale française. On espère que ça va nous ouvrir des portes vers l’international, notamment en Asie. Je sais que les pays comme la Corée du Sud, le Japon et la Chine sont très friands de chansons françaises.
Avez-vous d’autres projets pour cette année 2026 ?
Je serai au Festival Off d’Avignon pendant une dizaine de jours. Ce sera du 10 au 21 juillet. Je travaille actuellement sur d’autres chansons dans un style complètement différent de l’album Romanza mais dans lequel il y a toujours ma signature vocale, très lyrique, avec le jazz. J’ai envie de toucher les cœurs avec la voix humaine, tout simplement. Mon but est de faire des projets toujours aussi beaux.
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