Révélée notamment par le titre Les filles qui parlent fort, Sainte Nicole s’impose comme une voix singulière de la nouvelle scène pop française, entre sensibilité à fleur de peau et affirmation de soi. Deux ans après Vanité, elle revient avec Manifeste, un second EP plus libre et audacieux, où chaque morceau explore une nouvelle facette de son identité artistique. Un projet charnière, marqué par une quête de sincérité et une volonté d’émancipation, qui confirme une artiste en pleine affirmation.

Culture & Passions : Ton deuxième EP Manifeste est-il la continuité de ton premier EP Vanité ?
Sainte Nicole : Il y a à la fois une continuité mais aussi plus de risque et de liberté. Dans le premier EP je cherchais la cohérence avant tout pour inscrire une identité forte. Le son était très compact. Tandis que ce deuxième EP est très éclectique, passant d’un piano-voix à un morceau club. Chaque titre a un univers qui lui est propre tout en se reliant aux
autres grâce à des correspondances dans les sonorités.
Quels sont les sujets que tu voulais mettre en lumière à travers ces cinq titres ?
Dans mon premier EP Vanité, j’étais en recherche de moi-même tandis que dans Manifeste, je m’affirme. Mon écriture reste introspective. C’est le fil rouge de mon projet et c’est pour moi un chemin vers une forme de libération intérieure. Dans La nuit se meurt, prière à la lune qui ouvre l’EP, je me réconcilie métaphoriquement avec ma féminité. Dans Jolie Mascarade, je voulais parler d’écologie, de politique, mais à travers le prisme de la posture d’artiste que j’ai choisi de prendre. Je le dis d’ailleurs dans la chanson : « J’écoute mon cœur pas ma tête. » Plus ta go est un titre dans lequel j’apprends à mettre mes limites en amour et à affirmer ce qui est important pour moi, tout comme dans Fomo d’la vie où je me débarrasse pour de bon de ce qui m’empêche de vivre ma vie pleinement. Enfin, Trésor, le seul titre écrit il y a longtemps, est une chanson d’amour pour mes grands-mères, mes phares dans la nuit.
Comment décrirais-tu ton ascension artistique depuis que tu as démarré le projet Sainte Nicole ?
C’est une bonne question. Quand j’ai commencé, j’avais tout à prouver. Aux autres mais surtout à moi-même. J’avais le sentiment que le moindre faux pas allait remettre en cause ma décision de faire de la musique. Aujourd’hui, je me sens à ma place. Je sais que je suis sur le bon chemin. J’ai gagné en confiance en moi et en sérénité ce qui m’a permis, lors de la confection de cet EP, d’être moins dans le contrôle. J’ai laissé plus de place à mes partenaires de création Vincent et Baptiste, et de petits miracles ont pu se produire : la montée en puissance dans La nuit se meurt par exemple, une proposition de Vincent. En étant plus sereine, j’ai moins cherché la perfection ce qui a laissé la place à l’émotion. Pour deux titres (La nuit se meurt et Trésor) les prises de voix sont des prises uniques. Imparfaites mais sincères.
Tu as eu l’occasion de faire des collaborations notamment avec le groupe polonais Bemy sur le titre L’amour superficiel. Tu as aussi rencontré plein d’artistes comme Amay Laoni, Gervaise, Ellie Bloom etc… Ça t’enrichit artistiquement ?
Énormément. Je rencontre beaucoup d’artistes via le Cancan Pigalle dont j’assure la programmation musicale et via les camps d’écriture auxquels me font participer mon éditeur.
En session d’écriture, la rencontre avec l’artiste est dirigée vers une création à finir dans la journée. On va donc droit au but et les échanges se situent tout de suite dans le deep ! J’adore. Par ailleurs le fait d’écrire à plusieurs permet d’emprunter d’autres chemins, d’avoir un retour direct sur ce qu’on propose, et d’avancer vite. J’aime le fait qu’il n’y ait pas d’ego, qu’on se mette au service de la création. Et lorsqu’on décide que cette création prendra la forme d’un duo, je me sens plus libre musicalement que lorsque je compose à destination de mon projet uniquement. Les feats permettent de sortir du cadre restreint de la direction artistique qu’on se
fixe usuellement.
Au Cancan Pigalle c’est autre chose. J’y suis en tant qu’artiste qui invite d’autres artistes à se produire. Je vois beaucoup de projets sur scène. Ça me nourrit. Et parfois, les rencontres avec les artistes débouchent sur de belles amitiés. C’est le cas avec Amay Laoni par exemple. Suite à son premier passage au Cancan nous sommes restées en contact. Et lorsque j’avais l’opportunité de partir au Québec, elle m’a proposé de faire sa première partie sur une date et elle m’a accueillie chez elle ce qui nous a beaucoup rapprochées. Par la suite je l’ai aidée à produire une date en France. Nous sommes là l’une pour l’autre, pour partager nos doutes, nos
joies, nos réseaux, nos conseils. C’est précieux.
Tu t’apprêtes à donner un concert à Paris le 1er octobre. Pourquoi as-tu décidé de faire appel au public pour choisir la salle ?
Parce que le public est mon premier partenaire. C’est lui qui donne du sens à mes projets. Les moments les plus exaltants que j’ai vécus jusqu’ici sont les projets collectifs que j’ai menés, comme le tournage du clip de Vanité où il y avait 30 figurants et une dizaine de personnes dans l’équipe technique. Le fait d’inclure le public dans mon développement me permet de ne pas tomber dans le narcissisme et de sentir que ne je fais les choses que pour moi.
Artistiquement, quels sont tes objectifs ?
Scéniquement j’aimerais proposer une expérience unique pour le concert du 1 er octobre au Badaboum. Ceci suppose beaucoup de travail de création (musique, stylisme, mise en scène, …) Et sinon pour la suite, il faut que je prenne le temps d’y réfléchir, maintenant que ce deuxième EP est sorti. M’atteler à un album, ou au contraire sortir des titres plus régulièrement ?
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