« Anti Cocon » ou la peur de l’inconnu au Festival d’Avignon

Avec Anti Cocon, présenté au Festival Off d’Avignon jusqu’au 25 juillet, Faustine Astruc et Esther Coudreau imaginent un meeting politique aussi absurde que lucide, où elles incarnent respectivement Fauwstar et Esthar, deux co-candidates bien décidées à lutter contre le repli sur soi, l’individualisme et la peur de l’inconnu. Entre théâtre et stand-up, ce spectacle rythmé invite le public à sortir de sa zone de confort pour renouer avec le goût du risque, des rencontres et de la vie collective. Rencontre.

Culture & Passions : Comment est née l’idée de ce spectacle ?

Esther Coudreau : C’est parti d’une micro-observation de nous. Nous nous sommes rendues compte que les couples sortaient moins et que le temps privilégiait le confort à beaucoup de choses.

Faustine Astruc : Il nous est arrivées appeler des gens qui n’étaient même pas nos amis pour sortir. On s’est aperçus que les gens ne sortaient plus et qu’ils se repliaient. Ils restaient dans ce petit cercle d’amis qu’ils connaissaient et n’allaient plus en rencontrer d’autres. Cela a été vérifié par plein de sociologiques et philosophes. Notamment Stéphane Bonny qui est un anthropologue et sociologue culturel. Il appelle cette génération « l’homoconfort ». L’homoconfort, c’est l’être humain qui s’endort dans son confort. En tout cas, il y a aujourd’hui une honte de l’inconnu. Les gens prennent de moins en moins de risques.

Esther Coudreau : Faustine et moi sommes meilleures amies depuis quelques années maintenant. Nous étions colocataires de chambre. Entre nous, ça a été un coup de cœur immédiat. On s’est dit qu’on allait développer ce projet ensemble. On a écrit cette pièce pendant deux ans. Ensuite, Emma Varichon nous a rejoints pour la mise en scène. C’est un rêve de jouer cette pièce ensemble alors que nous sommes meilleures amies et qu’on n’a jamais fait ça de notre vie. Cette pièce, c’est notre bébé.

Pourquoi « Anti Cocon » ?

Faustine Astruc : En fait, « Anti Cocon », au-delà d’être un spectacle, c’est un parti politique. C’est aussi un concept philosophique déployé partout dans notre pays, dans le monde et à l’international pour que les gens prennent le risque de plaider à l’inconnu et de se rencontrer à nouveau. C’est nécessaire pour nous d’adopter ce courant de pensée « Anti Cocon ».

Qu’en pense le public de cette pièce ?

Esther Coudreau : On a beaucoup de chance parce qu’on a un public qui est vraiment au rendez-vous. On a affiché complet trois soirs de suite. De plus, nous ne sommes que deux à tracter dans les rues d’Avignon. On ne pensait pas que ce serait aussi difficile. C’est vraiment un acharnement du matin au soir.

Faustine Astruc : Mais ce qui est génial c’est qu’étant donné que nous avons un public qui est un peu à notre image, c’est-à-dire un petit peu fou, eh bien quand ils sortent de ce spectacle, ils commencent à en parler à tout le monde. Ils chantent l’hymne dans la rue sans qu’on ne le leur demande. Ils sortent des références du spectacle dans des conversations parce qu’il y a des répliques cultes qui commencent à se répandre un peu partout.

Esther Coudreau : En fait, on adore tracter parce que les échanges avec les gens sont géniaux. Ils sont vraiment affectifs. C’est rare que les gens nous envoient chier.

C’est votre premier festival d’Avignon. Comment vivez-vous cette expérience ?

Faustine Astruc : Comme on le disait tout à l’heure, on ne pensait pas que ce serait aussi intense, notamment en termes de rythme. On donne énormément en tractage, puis il y a la retombée qui fait que nous sommes fatiguées lorsque nous rentrons chez nous vers 2h du matin. Ensuite on se relève à 9h du matin pour aller tracter. On contacte aussi des professionnels et des programmateurs pour qu’ils produisent notre spectacle, à Paris ou d’autres villes.

Esther Coudreau : De plus, la communication est gérée par la Compagnie Glaçons Caféinés sur Instagram. C’est elle qui produit notre spectacle.

Faustine Astruc : C’est cette compagnie qui produit le spectacle Aujourd’hui pour toujours qui se jouera du 10 septembre au 4 octobre prochain au Théâtre du Funambule à Paris. C’est un spectacle qui est toujours dans cette thématique de l’urgence de vivre.

Est-ce que vous espérez présenter Anti Cocon sur Paris prochainement ?

Faustine Astruc : Oui, évidemment. L’Olympia en 2027, c’est notre objectif.

Esther Coudreau : Notre rêve serait d’être à l’Olympia. Mais on cherche à jouer le spectacle à Paris et dans toute la France. On a vraiment envie de déborder les frontières et de rencontrer le plus de publics possible. C’est un spectacle qui est assez intergénérationnel. Ce qui est cool, c’est que les gens s’intéressent à un spectacle à tous les âges. Ça touche tout le monde.

Faustine Astruc : Au début, notre idée était de faire un spectacle pour les jeunes, étant donné que la cocoonisation touche surtout cet écran qui est né avec le digital. En faisant venir des gens qui étaient comme nos parents ou qui avaient l’âge de nos parents, on s’est rendues compte que notre message était intergénérationnel et qu’il touchait de très près toutes les générations, toutes les classes sociales.

Esther Coudreau : Ce qui est génial avec notre spectacle, c’est qu’il y a plein de personnages. C’est ce que les gens aiment beaucoup. On n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer !

Anti Cocon

Un spectacle de Faustine Astruc et Esther Coudreau. Mis en scène par Emma Varichon. Produit par Glaçons Caféinés.

Du 4 au 25 juillet au Théâtre Tremplin à Avignon (relâche le 19 juillet).

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