« Et vivre était sublime », une bouleversante relecture d’Albert Cohen au Festival d’Avignon

Adaptée du célèbre roman Belle du Seigneur d’Albert Cohen, Et vivre était sublime est l’une des créations présentées cette année par la Compagnie La Vie Moderne au Festival Off d’Avignon. Entre amour absolu, violence des rapports humains et quête de lumière, cette adaptation théâtrale plonge le spectateur dans une histoire aussi bouleversante qu’intense, portée par une mise en scène sensible signée Sébastien Lanz et un trio de comédiennes profondément investies. Rencontre.

Culture & Passions : Comment est née l’idée de cette pièce ?

Sébastien Lanz : Ce que j’ai puisé dans ce livre d’Albert Cohen, c’est grand espoir de réunifier les gens qui sont séparés, en exposant bien la facilité humaine à tomber dans le mal, et à dire qu’il y a peut-être toujours une lumière derrière ce mal. Cela m’a paru nécessaire.

Comment la décririez-vous ?

Justine Boulard : Violente ! (Rires). Violente parce qu’on parle beaucoup des rapports de force, étant donné que ça se passe dans un cadre carcéral. Et puis dans ce livre aussi il y a certaines formes de violences psychologiques, derrière la beauté de la langue qui est magnifique et ces personnages qui sont très très beaux. Mais derrière tout ça, il y a une grande violence. C’est assez intense à jouer parce qu’il y a des émotions très fortes. On peut passer de la forte joie à la tristesse très profonde.

Juliette Jouniaux : Moi, je la trouve profondément humaine, entière. Sébastien a fait une écriture de plateau. Il est allé puiser autour de chaque comédienne. On est allées chercher loin en nous et c’était intéressant.

Après, c’est éprouvant à jouer parce qu’on va au bout des choses. Aussi, l’amour fou rend dingue. Mais ce qui est beau, c’est cette beauté et cette lumière qui en ressort de cet amour fou. Il y a tout le désespoir qui ressort et qui est aussi très beau.

Justine Boulard : On a aussi fait un vrai travail en apportant chacune nos pattes sur nos personnages. C’est ce qui fait aussi que les gens peuvent se reconnaître. Nos personnages sont d’abord normaux avant de devenir complètement romanesques.

Vous incarnez respectivement Juliette et Justine : Laura Deume et Gentiane, tandis que votre camarade Héléna Vautrin joue Nono. Quelles sont leurs caractéristiques ?

Justine Boulard : Gentiane est une étudiante, c’est la plus jeune du trio. Elle a de très grandes idées, de très grands espoirs pour l’avenir. Elle veut faire bouger les choses. C’est une militante et activiste qui a envie d’apporter sa pierre à l’édifice et de faire en sorte que les injustices se rétablissent. Et petit à petit, quand elle arrive en cellule, elle perd un peu espoir. C’est justement ce roman qu’elle a appris en cours qui va la maintenir à flot. Elle garde une certaine lumière grâce à ce livre.

Juliette Jouniaux : Laura est une mère célibataire qui est en charge de sa fille, qui a été quittée par Jonathan, son ex-mari et qui a une certaine aigreur. Elle prend un certain plaisir en prison à dominer les autres. C’est un personnage qui avait beaucoup d’espérance en amour et qui retrouve en Ariane, sa propre identité, ses failles, et sa légèreté aussi. Elle se retrouve en Ariane.

Justine Boulard : Pour le personnage de Nono, elle est déjà en prison lorsque Gentiane arrive. C’est une ancienne prostituée de luxe. Elle est montée très haut et descendue très bas. Elle se retrouve pour cinq ans en prison. Elle va devenir Solal par la suite. Elle a une colère en elle, une violence qui est très présente. Elle trouve justement une passion envers Solal, qui lui permet de s’identifier, et d’amener vers une folie assez transparente, et justement, elle s’enfuit à travers ce personnage, mais ça la rend complètement dingue, et elle trouve vraiment un réel plaisir là-dedans. Aussi, elle vient d’un milieu plutôt populaire. A partir du moment où elle arrive à entrer dans le livre et qu’elle a tous ses mots, c’est comme si sa pensée se développait.

Vous jouez cette pièce depuis le 4 juillet. Quels sont les retours que vous recevez jusqu’à présent ?

Justine Boulard : On nous dit souvent que le trio fonctionne très bien parce qu’on a trois énergies différentes. On a des partitions chacune. On a aussi Régis Rossotto, notre coordinateur, qui nous a vraiment aidé à trouver notre propre cheminement au travers de ces personnages, leur perméabilité. C’est une pièce qui est à la fois très agréable et très intense à jouer parce qu’il faut tenir à certains endroits et faire preuve de lâcher prise.

Est-ce que vous aspirez à faire quelques représentations de la pièce sur Paris ?

Juliette Jouniaux : On l’espère !

Sébastien Lanz : Je connais un petit peu le public parisien et je pense qu’il pourrait bien accrocher à cette histoire. Je pense notamment au Théâtre de l’Odéon.

Justine Boulard : L’autre jour, on a tracté une personne dans la rue qui va beaucoup dans les théâtres parisiens. Elle a vu notre pièce et nous a dit qu’on pourrait se rapprocher du Théâtre Lucernaire. Ca pourrait attirer un large public. Rien n’est fait, mais l’envie est là !

Et vivre était sublime

Une pièce de Sébastien Lanz avec Justine Boulard, Juliette Jouniaux et Héléna Vautrin.

Jusqu’au 25 juillet 2026 à 20h30 au Théâtre Artéphile à Avignon (relâche le 19 juillet).

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