« Pourquoi moi ? Pourquoi suis-je bipolaire ? » C’est la question que se pose Patrick Loiseau dans Une vie deux fous, une pièce qu’il joue actuellement à la Manufacture des Abbesses, à Paris, jusqu’au 21 novembre. À travers ce récit autobiographique, l’auteur et comédien aborde la bipolarité avec sincérité, mais aussi avec humour. À ses côtés, deux clowns hauts en couleur incarnent les phases d’hypomanie et de dépression, donnant corps aux émotions et aux bouleversements de cette maladie. Patrick Loiseau en parle dans cette interview à Culture & Passions.

Culture & Passions : Comment est venue l’idée de cette pièce ?
Patrick Loiseau : C’est mon récit autobiographique. A la base, j’avais envie d’écrire quelque chose pour mes enfants. Je voulais le faire sous l’angle de l’humour pour alléger le sujet. Mais par la suite, alors que j’avais fait une première version du récit, j’ai repéré sur scène Philippe Avocat et Tobias Havana qui sont les deux autres personnages de la pièce. Je les ai vus sur scène, dans leur personnage de clown et ça m’a inspiré deux personnages. Le personnage de hypomanie, joué par Philippe, est plein d’énergie, lumineux. Il a beaucoup de rêves, il n’arrête pas de bouger et de chanter. Tandis que le personnage de dépression, joué par Tobias, est plus timide, plus réservé. C’est exactement ce que je ressens moi-même quand je suis dans l’une de mes phases d’humour avec la bipolarité.
Dans la pièce, vous dites que vous avez découvert votre bipolarité à 60 ans. Est-ce le cas dans la vraie vie ?
J’ai été diagnostiqué bipolaire à 55 ans. Mais l’un des problèmes de la bipolarité, c’est que ça met longtemps à être diagnostiqué. Cela prend en moyenne dix ans. C’est difficile de diagnostiquer cette pathologie.
Cette pièce est-elle une manière de briser le tabou sur la bipolarité ?
Tout à fait. Pas simplement sur la bipolarité mais aussi l’internement et l’hospitalisation à Sainte-Anne car on n’ose pas parler de ça. On ne guérit jamais de la bipolarité. On ne peut pas dire : ‘Ca y est, je suis en rémission, c’est terminé’. Il y aura toujours cette épée de Damoclès au-dessus de notre tête.
Qu’en pense le public de cette pièce ?
Les gens sont touchés par l’espoir que j’espère partager avec eux. Ils en ressortent le cœur léger. Ce qui me touche, c’est que le spectacle encourage les gens à parler de santé mentale à un membre de leur famille ou un ami qui est concerné par un problème psychiatrique. Ou même eux-mêmes s’ils sont concernés par la santé mentale. Ils se sentent moins seuls et ont le courage d’en parler aux autres.
Est-ce que vous travaillez actuellement sur d’autres projets ?
On continue de jouer Une vie deux fous à la Manufacture des Abbesses jusqu’au 21 novembre. On espère la jouer dans un autre théâtre en janvier, février prochains. On aimerait aussi faire une tournée en France mais surtout, on voudrait toucher d’autres publics que des spectateurs de théâtre. On voudrait aller vers des associations de patients, des universités, des gens qui n’ont pas l’habitude d’aller au théâtre… On aimerait aussi organiser un débat autour de la santé mentale. Je pense vraiment que l’humour, c’est ce qui permet de délier les langues et de communiquer plus facilement sur des sujets graves comme la santé mentale.
Une vie deux fous. Un récit de Patrick Loiseau, mis en scène par Patrick Salé, coécrit et joué avec Philippe Avocat et Tobias Ohana.
Jusqu’au 21 novembre 2026 à la Manufacture des Abbesses (7 rue Véron, Paris 18e). Du mercredi au samedi à 19 heures.
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