Charlotte Reinhardt : « Ma voix, c’est mon piano »

Petite nièce de Django, célèbre guitariste de jazz, Charlotte Reinhardt oscille entre le jazz et la musique classique depuis sa plus tendre enfance. Sa mère gitane, son père anglais, ses études au Conservatoire National de Paris ainsi que sa carrière dans le jazz ont permis l’émergence d’un univers musical riche et explosif. Après le succès de son précédent album Colors, Charlotte Reinhardt s’est retirée dans ses montagnes espagnoles de Cantabrie pour composer Fables, une œuvre profondément personnelle, inspirée par les légendes et la nature sauvage de cette vallée si chère à son cœur. Elle en parle dans cette interview à Culture & Passions.

Culture & Passions : Comment a été conçu l’album Fables ?

Charlotte Reinhardt : Ce fut un long travail de composition qui a plus ou moins démarré en juillet 2023 et qui s’est terminé en fin d’année. Puis je suis allée en studio avec mes musiciens pour essayer des choses et ensuite enregistrer les morceaux. Début 2024, il y a eu le mixage et le mastering de l’album et enfin la séance photo pour la pochette. L’album a été finalisé en
mars. Ensuite, avec ma maison de disques Naïve, nous avons décidé de sortir l’album en fin d’année afin de sortir quatre ou cinq singles en amont. Le premier titre est paru en avril. Puis en mai, début juillet, septembre jusqu’à la sortie fin novembre. Nous avons tourné plusieurs clips également. Ce fut un énorme travail de création, de réflexion et d’organisation.

Pourquoi « Fables » ?

Mon « coin » en Cantabriques est un espace très particulier pour moi, c’est un endroit qui est assez caché. Il y a un côté fable, mystérieux avec beaucoup d’histoires, de mythes et légendes. J’ai aussi une connexion avec cette nature. L’animal a une place centrale dans les «  fables » avec une morale finale et j’aime beaucoup cette idée-là.

Que t’inspirent les montagnes de Cantabrie ?

C’est vraiment un lieu très sauvage. Le temps ne s’écoule pas de la même façon en Espagne. Cela laisse aussi une place au silence. Ce qui m’a inspirée, c’est l’idée d’un retour aux sources où je suis chez moi. Je suis connectée à la montagne et aux différentes formes de contemplations. Et je suis profondément connectée à la nature. Suite à l’album Colors, j’ai voulu affirmer ce langage où je mêle le classique, le jazz .

Comment a été reçu l’album ?

Très très bien. Le concert de sortie au Bal Blomet était magnifique et la scène permet un autre espace de création. Les morceaux sont plus libres, plus libérés. La salle était pleine et ce n’était que du bonheur. Lorsque j’avais fait écouter mon album aux équipes de Naïve avant qu’il ne sorte, il y avait un petit stress. Mon chef de projet m’a dit avoir été envoûté à l’écoute. C’est
toujours rassurant d’avoir ces retours-là.

Quels sont les titres qui ont été le plus appréciés ?

Le premier titre, Obermann, a eu beaucoup de succès. Pasos Perdidos également. Trois chevaux, où j’ai tourné le clip en Espagne, a eu aussi beaucoup de succès. Après, les gens me disent qu’ils adorent tel ou tel morceau mais moi, je les aime tous !

Tu es la petite nièce de Django Reinhardt. A-t-il été une source d’inspiration pour toi ?

Non pas vraiment, parce que déjà je ne fais pas le même style de musique et c’était le cousin de ma grand-mère maternelle que j’ai peu connue. J’ai appris la filiation très tardivement. Ma mère est musicienne, je suis musicienne… On est tous musiciens dans la famille. Nous n’avons pas connu la filiation jusqu’à très tard. C’est quelque chose qui fait partie de moi certes, mais qui fait partie d’un passé aussi.

As-tu d’autres projets pour l’année 2025 ?

On va sortir une édition deluxe de Fables au mois de juin comme on l’a fait avec Colors. Cette année 2025 sera surtout une année de concerts. On pensera éventuellement aussi à un nouvel album pour 2026.

Quelle est la collaboration que tu rêverais de faire ?

La collaboration que je rêverais de faire, serait de collaborer avec Jonny Greenwood du groupe Radiohead. Il compose aussi beaucoup de musiques de film. Je rêve aussi de travailler avec Brad Mehldau.

Pour revenir à ton dernier album, t’a-t-on demandé pourquoi tu ne chantais pas dessus ?

On m’a demandé pourquoi je ne chante plus (Rires). Je fais quand même beaucoup de chœurs dans l’album. Je me suis vraiment éloignée de la chanson à texte. Je pense que ma voix, c’est mon piano. Après, j’aime beaucoup chanter mais pour créer des textures et des chœurs. Avec ma violoncelliste, on mélange nos voix. Je prends beaucoup de plaisir à faire ça.
Mais peut-être que l’envie de chanter des chansons reviendra un jour.

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