A la rue Charlot, au cœur du 3e arrondissement de Paris, la galerie Ruttkowski;68 accueille la cinquième exposition personnelle de Stefan Strumbel, intitulée Where the Forest Remembers (Là où la forêt se souvient). Le titre sonne comme une promesse : celle d’un espace où la forêt devient une archive vivante, où le paysage se fait dépositaire de mémoires individuelles et collectives.

Dans la rue Charlot, à deux pas de l’agitation parisienne, la galerie Ruttkowski;68 ouvre un espace de respiration. Avec Where the Forest Remembers (Là où la forêt se souvient), sa cinquième exposition personnelle à Paris, l’artiste allemand Stefan Strumbel invite à ralentir, à regarder autrement, et surtout à interroger ce que nous appelons encore un « foyer ». Chez Strumbel, la forêt n’est pas un décor romantique. Elle devient un lieu de mémoire, un réservoir de traces où s’entrelacent histoires intimes, migrations, travail et héritages silencieux. Une forêt qui observe l’humain autant qu’elle le porte.
Un foyer sous contrôle
Dès l’entrée, l’installation Regal (L’étagère industrielle) pose le cadre. Des animaux de la forêt sont alignés sur une structure métallique évoquant les systèmes de rangement contemporains. Le contraste est saisissant. Ce qui relevait autrefois d’une relation instinctive au territoire se retrouve désormais classé, stocké, administré.
Stefan Strumbel pointe ici une bascule fondamentale : le foyer n’est plus seulement un lieu vécu, il devient un espace géré. A l’ère de la mobilité permanente et de l’optimisation, même l’intime semble soumis à des logiques industrielles. La nature, déplacée et ordonnée, agit comme un miroir discret mais implacable de notre présent.

On tombe ensuite sur Rocket Now (Pomme de pin), installation dominée par la figure de l’écureuil. Suspendues comme les poids d’une horloge à coucou imaginaire, des pommes de fin rythment l’espace. L’écureuil grimpe, circule, relie. Symbole familier du « chez-soi », il apparaît ici pris dans un système qui le dépasse. Toujours en mouvement, jamais installé, il incarne un foyer instable, condition plus que destination.

Le travail, mémoire des corps
Les sculptures en bronze ancrent ces réflexions dans la matière. Un homme, Le Travailleur, hache levée, suspend son geste. Ce temps d’arrêt est essentiel : construire ne relève pas uniquement de la force mais aussi de la conscience. Les écureuils qui grimpent le long de son corps suggèrent la prévoyance, la transmission et l’avenir à préparer.
Face à lui, une femme âgée – à la fois grand-mère, travailleuse immigrée et paysanne – incarne une mémoire longtemps reléguée au silence. Elle fixe des yeux un renard, figure d’expérience et de prudence, tandis qu’un écureuil, derrière elle, évoque la génération suivante. Ici, le foyer n’est ni idéalisé ni figé : il se construit dans l’effort, la patience et une transmission souvent invisible, en particulier celle des femmes.

Peindre l’histoire fragmentée
Les peintures prolongent cette exploration par la fragmentation. D’anciennes cartes postales sont découpées, superposées, partiellement recouvertes de peintures abstraite. Certaines images affleurent, d’autres disparaissent. Rien n’est stable, rien n’est totalement lisible.
Le papier bulle, intégré comme motif, agit comme une métaphore troublante : protection fragile, surface artificielle, symbole d’un monde qui emballe ses souvenirs pour mieux les consommer. Sans illustrer d’événements précis, ces œuvres parlent pourtant de politique, de mémoire instable, d’un présent saturé d’images où l’histoire se délite.

Une exposition qui oblige à ralentir
Where the Forest Remembers n’impose aucun discours. Elle suggère, questionne, laisse des silences. Elle interroge ce que nous conservons, ce que nous oublions, et ce que le progrès efface. Stefan Strumbel compose un espace profondément humain, où la notion de foyer se redéfinit à travers le travail, la migration et la mémoire.
A une époque où tout s’accélère, Where the Forest Remembers rappelle une chose essentielle : se souvenir est peut-être, aujourd’hui, un acte de résistance.
L’exposition Where the Forest Remembers (Là où la forêt se souvient) de Stefan Strumbel
Jusqu’au 18 janvier 2026 à la Galerie Ruttkowski;68 (3 rue Charlot, 75003 Paris)
Site : https://www.ruttkowski68.com/
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