Thérèse : « Je veux amener plus de joie à ma musique »

Près de deux ans après la sortie de son album L’attente, Thérèse fait son grand retour avec True Punks, un single pop à l’énergie jubilatoire qui célèbre la sobriété comme un acte à la fois intime et politique. Porté par des sonorités pop aux accents américains et un clip ultra-coloré, le morceau marque un nouveau chapitre artistique où l’artiste revendique plus de joie, de liberté et de conscience, tout en interrogeant nos addictions contemporaines et notre capacité à affronter la vie sans artifice.

La pochette de True Punks, le dernier single de Thérèse disponible depuis le 13 janvier 2026. Photo : Katia Karenine.

Culture & Passions : Ce début d’année 2026 est marqué par la sortie de ton nouveau single True Punks. De quoi parle ce titre ?

Thérèse : C’est un titre qui parle des vrais punks. C’est ma définition des punks en 2026. Je rends une sorte d’hommage à mes ancêtres des straight edge qui est un sous-mouvement du punk. Cela consistait à ne pas prendre de drogue et ne pas boire d’alcool. Mais moi je vais un peu plus loin que ça. Je dis même que toutes formes d’addictions nous aliènent. Et du coup, les « True Punks » sont des gens qui arrivent à dépasser leurs addictions et à vivre le plus sobrement possible. Je parle aussi du téléphone, du sucre… De plein de choses.

Moi-même, j’avais dû prendre soin de moi suite à ma transplantation. J’ai donc dû arrêter de boire de l’alcool même s’il arrive de boire un verre par semaine. Mais à quoi bon abîmer mon foie qu’on m’a changé ? Je me suis rendue compte que la santé était trop précieuse dans la vie pour être gâchée. Du coup, j’ai pris la décision de devenir quelqu’un de sobre parce que, même si j’étais loin d’être alcoolique ou addict, je me suis rendue compte que, lorsqu’on affronte les épreuves difficiles de la vie, sans substance et sans béquille, c’est là que ça devient difficile. Je suis très fière de voir qu’aujourd’hui, je peux traverser des choses difficiles par moi-même, affronter la vie telle qu’elle est, sans maquillage et sans déguisement.

Tu as sorti un clip tout en couleur et on y découvre une Thérèse qu’on n’a pas trop l’habitude de voir, avec un petit côté Katy Perry. Est-ce un changement de direction artistique ?

Pas complètement. J’ai toujours aimé les couleurs, j’ai toujours eu un goût pour l’absurde. Mais c’est vrai que je veux amener plus de joie à ma musique. Je trouve que dans ce monde qui va très très mal, la joie est sous-cotée. Moi, je crée la musique de mes rêves, celle qui me fait du bien. Et aujourd’hui, on vit tellement dans une période sombre, sans espoir, où on vit un peu dans une angoisse permanente que je me dis que c’est cool de questionner les choses mais avec plus de joie, plus de couleurs… Et effectivement, je trouve que musicalement, j’assume plus mon coté ultra ricain. J’ai toujours été une grosse fan de pop américaine. J’ai grandi avec les sons de Dr Dre, Eminem, Snoop Dogg, Britney Spears, Missy Eliott… Je suis une fan de Rihanna, d’Ariana Grande… Et avec le clip True Punks, je voulais rendre hommage à toutes ces grosses productions à la Timbaland, Justin Timberlake… Aussi, j’aime beaucoup l’iconographie japonaise. J’ai toujours été inspirée par ça. C’est aussi un titre où je chante en français, en anglais et en italien. Bref, j’ai vraiment envie de m’amuser.

C’est un peu le genre de clip qui ne se fait pas souvent en France…

Oui, c’est sûr. C’est aussi la toute première fois que j’ai eu une subvention du CNC (Le Centre National du Cinéma). C’était le quatrième dossier que je déposais avec mon équipe de prod Ryzom, avec laquelle je travaille depuis des années. Je remercie énormément le CNC de nous avoir fait confiance. Ça m’a vraiment touchée. C’était un très beau cadeau. Derrière le nom de Thérèse, il y a plein de gens qui travaillent comme notamment Marie-Laure Blancho (alias Choblan) et ça me tient à cœur de les mettre en avant.

Comment ont été reçus le single et le clip ?

C’est très frais mais pour l’instant je reçois de super commentaires sous la vidéo sur YouTube et même sur Instagram. Je reçois des MP (messages privés) incroyables. Beaucoup de gens me disent que j’ai atteint une sorte d’apogée dans mon art et ça, ça me donne beaucoup de force. Puis, en retombées médiatiques, beaucoup de médias sont venus au lancement presse et commencent à faire des articles. Je suis aussi dans des playlists… Pour l’instant, je suis très contente de l’accueil et hâte de voir la suite.

Il y a presque deux ans jour pour jour, en mars 2024, tu avais sorti ton premier album L’attente. Quel bilan fais-tu ?

Ça a été une aventure assez dingue, ne serait-ce que d’avoir pu l’écrire et le sortir. C’est une chance incroyable d’être artiste et d’avoir des partenaires qui croient en nous et nous aident à produire des choses. Je suis infiniment reconnaissante d’avoir fait une tournée qui m’a fait rencontrer vachement de monde, aux quatre coins de la France et pas que. Parce que, grâce à cet album, j’ai pu me produire en dehors de la France. J’ai fait une très belle tournée en Allemagne grâce à ma tourneuse Jackie (Malavida). J’ai joué notamment au Fusion Festival, à Hambourg, à Cologne, à Brenne… Il y a même une chaîne nationale qui a soutenu l’album. Je suis même en train d’organiser une release party en France et en Allemagne.

Est-ce que la réception a été à la hauteur de tes attentes, pour faire un jeu de mot avec le titre de l’album ?

C’est vrai que j’aurais aimé que cet album m’ouvre la porte à des festivals un peu plus mainstream. Mais je suis très contente car c’est grâce à cet album que j’ai lancé le podcast T’as mal où ? avec Alexandra Dumont. Pour le coup, j’ai été extrêmement bien reçue par l’industrie de la musique et j’ai pu faire énormément de tables rondes afin de traiter divers sujets, notamment aux Trans Musicales, aux BISE de Nantes et aussi au MaMA. J’ai pu aussi participer à la fête de l’Huma, faire le Lez’art Festival… J’ai eu une expérience différente de celle d’être musicienne dans l’industrie musicale mais c’est une expérience qui est proche de ce que je suis. Je suis très heureuse d’avoir pu développer tout ça.

Tu es également à l’origine du collectif Tiger Bomb…

Exactement, ça m’a pris beaucoup de temps en 2025. Mais j’en suis heureuse. On a eu l’occasion de faire plein d’événements, notamment la Fête de la Musique au Parc de Choisy en juin dernier. C’est le maire du 13e arrondissement qui nous a permis d’organiser cette belle fête de la musique. C’était incroyable.

Puis, tu es coach et styliste. Arrives-tu encore à te définir ?

Non, je n’y arrive plus. Je dis souvent que je suis une sorte d’électron libre, une philosophe pop. Bref, je suis tout simplement Thérèse.

Travailles-tu actuellement sur un nouveau projet d’album ?

Evidemment. J’ai énormément de choses à raconter car j’ai fait une pause de quasiment deux ans. J’ai vécu tellement de choses à l’intérieur de moi-même, à travers ces rencontres. Je me suis rendue compte que ma maladie (la polykystose hépatorénale héréditaire) a totalement fait le tri dans ma vie. Du coup, je compte raconter tout ça dans un futur album dont la sortie est prévue en octobre prochain. Il y aura pas mal de titres. Je travaille d’ailleurs avec Adam Carpel qui est mon acolyte. Je suis vraiment contente.

Tu es une artiste indépendante, on imagine la difficulté de devoir tout gérer à la fois…

C’est très fatigant. Franchement, quand je regardais ces trois dernières années, autour de moi, de nombreux artistes indés ont quasiment tous fait un burn-out. Moi, la chance que j’ai, c’est que j’ai appris à prendre du recul. J’essaie de me dire que les choses qui ne sont pas faites seront soit remises à demain, soit pas faites du tout. Avant, j’essayais de tout faire rentrer et je m’en rendais vraiment, vraiment, malade. Quand on est artiste indé, on est vraiment au four et au moulin et pas que. On est à la buanderie en même temps. En plus, je suis ma propre manageuse. Je prends les décisions avec moi-même mais de temps en temps, je discute avec Alex Monville qui co-produit avec moi. Chaque seconde est une prise de décision. Au-delà de la fatigue et du travail, tu as aussi une espèce de charge mentale par rapport à l’argent que tu investis dedans. Mais la chance d’avoir un bel entourage autour de moi. Je suis entourée de gens formidables, de supers gardes fous, et j’ai appris à prendre soin de moi en tant que « true punks » dans la vie. J’essaie de faire en sorte que la machine tienne en route.

Estimes-tu que 2026 sera ton année ?

Pas plus qu’une autre mais ce dont je suis sûre, c’est que 2026 est l’année de mes 40 ans. Je suis née en 1986 et j’aurai 40 ans le 12 mars. Je suis infiniment heureuse d’avoir vécu jusque là. Cela fait un an que, chaque jour, je me dis que je suis heureuse. Je me sens en paix avec moi-même. J’aime ce que je fais, j’aime ma vie. J’ai l’impression d’avoir redéfini ce que je suis et d’avoir plus de place pour l’amour familial, amical, amoureux. Je ne sais pas si ça va être mon année mais ce sera une de mes années. Je fais en sorte que chaque année soit mon année parce que chaque année a des choses à nous apprendre, chaque année a du bonheur à nous apporter. Tous ceux que je pourrai aimer cette année feront que l’année 2026 sera belle.

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