Mohamed Sifaoui, directeur général de Tënk : « Nous sommes une forme de résistance »

Tënk, la plateforme coopérative dédiée au documentaire de création, célèbre ses dix ans. Créée en 2016 à Lussas, en Ardèche, Tënk s’est imposée comme un acteur central du cinéma documentaire indépendant, alliant diffusion éditorialisée et soutien concret à la production.

À sa tête depuis plusieurs années, Mohamed Sifaoui, directeur général de la plateforme, défend une vision engagée du documentaire comme outil culturel, collectif et politique. À l’occasion de cet anniversaire, il revient sur la genèse du projet, ses ambitions et les nouveaux horizons qu’il souhaite ouvrir pour la prochaine décennie.

Culture & Passions : Tënk fête ses dix ans. Comment cette plateforme a-t-elle vu le jour ?

Mohamed Sifaoui : Ce projet est né en 2016. Dès le départ, il a été constitué comme une société coopérative. Il a été cofondé par des acteurs du documentaire (sociétés de production, auteurs, réalisateurs, distributeurs, techniciens…). C’est vraiment la filière documentaire qui a créée la coopérative avec un constat : celui que la diffusion du documentaire d’auteurs était de moins en moins présente chez les diffuseurs nationaux, et qu’on avait de moins en moins de place pour ces films-là. Cela fait environ vingt ou vingt-cinq ans que la filière documentaire est en difficulté. Du coup, Tënk a été créé avec une double mission : diffuser le cinéma documentaire dans sa diversité (de forme, de thématique, de géographie et d’époque) et soutenir la production de film documentaire. En dix ans, on a soutenu 140 films, avec des contrats de préachat. Il y a eu aussi des financements du CNC (le Centre National du Cinéma) et des régions. Aujourd’hui, nous sommes davantage un média culturel du documentaire qu’une simple plateforme. Et c’est ça qui nous importe.

Comment avez-vous rejoint l’équipe ?

J’étais abonné à la plateforme. Je ne travaillais pas du tout dans le cinéma ni dans l’audiovisuel. Et encore moins dans la culture. Mais j’étais passionné par le cinéma d’auteur. C’est un cinéma qui m’a éduqué, qui m’a fait me poser beaucoup de questions, et m’a informé. J’étais arrivé à un moment dans ma vie où je considérais que mes engagements personnels dans le milieu coopératif et l’économie sociale et solidaire étaient intéressants mais je voulais aller à l’endroit de la révolution culturelle. J’évoluais déjà dans un métier autour de la transition écologique et je voulais accompagner la transformation culturelle des habitudes de consommation. Du coup, j’ai candidaté à un poste de directeur général pour Tenk, et j’ai été accepté.

Que prévoyez-vous pour les dix ans de Tënk ?

Déjà, on a sorti une tribune qui est disponible sur L’Humanité. Elle met l’accent sur la force du collectif autour de Tënk mais aussi la force du documentaire qu’on essaie de défendre. On veut dire pendant toute l’année 2026 et au-delà : « Rejoignez-nous ». Aujourd’hui, il ne suffit plus de consommer, il va falloir qu’on se rassemble, qu’on se fédère. Il va falloir constituer de nouvelles formes de solidarité qui passent à la fois par le sensible et par l’action directe. Et nous, nous sommes une forme de résistance parmi d’autres. On passe par la culture, le documentaire, le cinéma d’auteur…

On aura aussi des événements tout au long de l’année. Il y en aura un autour de la thématique de l’écologie à Marseille le 6 mars. On ira à Rennes le 19 juin pour un événement autour des luttes sociales. On va faire un événement un peu spécial à Lussas en Ardèche où on parlera d’amitiés puissantes. C’est la forme des amitiés à répondre aussi aux enjeux de société. On sera à Bruxelles début octobre pour un événement autour des luttes pour les inégalités de genre en général puis on sera à Montreuil fin novembre pour un événement autour de la thématique de la décolonisation. L’idée à chaque fois sera de passer un temps réflexif d’échange collectif et festif. On regardera des films mais on fera aussi la fête !

Quels sont vos objectifs avec Tënk pour les dix prochaines années ?

On aimerait à l’avenir faire grimper le nombre d’abonnés à la plateforme. On aimerait viser les 100 000 personnes au minimum. On a soutenu dix-sept films l’année dernière et on devrait en soutenir une vingtaine cette année. On aimerait augmenter le nombre de films qu’on soutient chaque année. On va essayer aussi d’augmenter l’apport, d’apporter plus l’argent à chaque film. On y travaille pour avoir des appels à projets afin de soutenir les films autour des thématiques qui nous tiennent à cœur.

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