Sly Johnson sincère et sans détour dans « Mister Johnson »

Avec Mister Johnson, Sly Johnson – membre emblématique du Saïan Supa Crew – signe l’album le plus libre et le plus intime de sa carrière. Nourri par près de trente ans de musique, entre soul, hip-hop et jazz, cet opus dense et organique se révèle comme une véritable cartographie personnelle, où l’artiste explore ses racines, rend hommage à son père et embrasse pleinement son héritage. Une œuvre habitée, à la fois sincère et audacieuse, qui marque un tournant dans le parcours d’un musicien en quête d’alignement. Rencontre.

La cover de Mister Johnson, l’album de Sly Johnson disponible depuis le 27 mars 2026.

Culture & Passions : Ton nouvel album Mister Johnson est pensé, joué et incarné comme jamais. Comment le définirais-tu ?

Sly Johnson : Cet album, c’est un peu comme une carte. Une carte qui me permettrait de rentrer peut-être plus facilement en connexion avec moi, chose qui était un peu plus difficile à faire sur mes précédents albums. J’ai toujours été assez pudique, même si sur tous mes albums, on retrouvait toujours des morceaux où je me dévoilais un peu plus. Dans cet album, on retrouve aussi tous les courants musicaux qui m’ont traversé, qui ont construit ma musique. En tous cas, j’ai voulu que cet album soit intime, très sincère, très proche de ce que je suis et qu’il puisse être aussi plus direct.

Est-ce l’album de la maturité artistique ?

On me l’a souvent dit. Chaque fois que j’ai sorti un album, on m’a dit : c’est l’album de la maturité. Je dirais que non. Je pense que j’ai acquis une maturité il y a déjà quelques temps. Par contre, je dirais que c’est l’album de la liberté. La liberté assumée. La liberté d’assumer d’où je viens, d’assumer aussi un héritage. C’est pour ça que cet album s’appelle « Mister Johnson ». Parce que ça fait référence à mon père, à qui je rends hommage dès le premier morceau Mister Johnson. Aussi, durant ces deux, trois dernières années, il s’est passé tellement de choses dans ma vie que j’ai dû faire des choix très difficiles. J’ai aussi perdu énormément de gens. Cela se ressent peut-être dans cet album.

Il y a une chanson Na Lingi Yo (qui signifie « Je t’aime » en lingala »), c’est un hommage à ton père qui est un grand passionné de musique. Est-ce lui qui t’as transmis cette passion de la musique ?

Oui. Mon père était un grand amoureux de musique. Il adorait les musiques afro-cubaines, le jazz… Je voulais qu’on sente ça dans cet album. Étant congolais d’origine, mais n’ayant pas grandi avec la culture congolaise, mis à part la gastronomie, je voulais d’une certaine manière me réapproprier aussi un peu de ma culture congolaise. C’est pour ça que j’ai décidé de faire ce refrain en lingala. Je voulais rendre hommage à celui sans qui je ne serais pas l’artiste que je suis aujourd’hui.

Mais pourquoi juste le refrain en lingala plutôt que la chanson en entier ?

Je pense que je le ferai peut-être dans le futur, mais je suis quelqu’un qui aime beaucoup mélanger les choses. Je trouvais ça intéressant de chanter en anglais, avec une voix très soul, un beat un peu hip hop, tout en rappant en même temps. Et ce refrain en lingala qui vient de manière un peu soudaine et qui surprend. Je voulais créer la surprise en faisant un morceau un peu différent de ce que j’ai pu faire auparavant.

Est-ce que cette chanson est aussi une manière de dire « merci » à ton père, sans qui tu n’aurais peut-être pas fait carrière dans la musique ?

Oui. Tout au long de sa vie, mon père était ouvert à tous les styles musicaux, mais par contre, il était imprégnable sur la qualité. C’est ce qu’il m’a transmis très, très tôt. Il m’a poussé vers la musique sans le savoir. Ce morceau est clairement une manière de lui dire merci mais en fait, cet album, c’est un grand merci. Je dis aussi merci à la vie qui m’a apporté énormément de choses.

On retrouve également dans cet album un feat avec la rappeuse Pumpkin sur le titre Into My Life. Qui est-elle et comment s’est passée la collaboration avec cette artiste ?

Pumpkin est une rappeuse que j’adore. Elle a une façon de rapper que je ne retrouve pas chez beaucoup de rappeurs. On est totalement en phase, elle et moi. On se connaît depuis pas mal de temps. On a déjà eu l’occasion de travailler ensemble sur nos projets respectifs. Je voulais aussi une voix féminine sur mon album, c’était important. Et pour moi, Pumpkin est une artiste pop, hyper importante dans la musique française.

Tu t’es fais connaître au sein du groupe Saïan Supa Crew. Quel(s) souvenir(s) en gardes-tu ?

J’ai vécu une histoire incroyable avec le Saïan Supa Crew. J’ai eu envie de faire apparaître quelques membres du groupe dans l’album. Je garde en tête ces sept personnes qui n’avaient peur de rien, qui s’étaient autorisé une liberté artistique totale, en se moquant des règles préétablies par le business de la musique à l’époque. Je retiens cette fusion de styles, de gens différents, des manières de penser différentes, mais qui se retrouvaient en un même point pour donner le meilleur d’eux. C’est de ça dont je me rappelle vraiment. Après, évidemment, il y a tous ces concerts incroyables qu’on a pu faire. On a croisé des artistes incroyables avec qui on a fait des collaborations mémorables. Je garde vraiment le souvenir de ces jeunes gars qui se rencontrent et qui, à l’instant T, savent qu’il y a quelque chose qui doit s’écrire et qui vont tout faire pour choquer tout le monde. C’est ce qu’on voulait : choquer l’univers du rap français.

Le groupe avait même remporté une Victoire de la musique en 2002…

Oui, on est l’un des premiers groupes de rap, avec le 113, à avoir eu une Victoire de la musique. La vraie, la grosse, en cuivre. Pas la nouvelle, en forme de V. N’en déplaise à tous les autres.

Image en une : Margot Bérard.

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