Cheikh Ibra Fam célèbre le quotidien dans « Adouna »

Ancien membre du mythique Orchestre Baobab du Sénégal, Cheikh Ibra Fam s’impose aujourd’hui comme une voix majeure de la musique africaine contemporaine. Avec Adouna, qui signifie « la vie » en wolof, l’artiste livre un album profondément ancré dans le quotidien, mêlant réflexions sur la connaissance, appels à l’unité africaine et célébration de l’amour et des origines. Rencontre.

La pochette d’Adouna, le nouvel album de Cheikh Ibra Fam disponible depuis le 10 avril 2026.

Culture & Passions : Que t’inspire ce titre, Adouna ?

Cheikh Ibra Fam : « Adouna » signifie « la vie » en wolof. Pour moi la vie, c’est ce qui reflète les moments de tous les jours. C’est ce que veut retranscrire cet album. On y trouve des titres comme Xam Xam qui aborde la connaissance. Tu ne peux pas vivre pleinement dans ce monde sans avoir la connaissance, le savoir. Pour moi, c’est comme un arbre avec ses branches.

Hormis Xam Xam, cet album comporte notamment les titres Sali et Gnou Mbollo. De quoi ça parle ?

Gnou Mbollo est un cri du cœur à mes frères africains et sénégalais pour l’unité africaine. Souvent, on a tendance à être très proches quand nous sommes en Afrique, mais dès qu’on sort du continent, il y a beaucoup d’animosité. Comme quoi, il y a aussi de la haine et du racisme entre africains. C’est une chanson qui appelle à se réunir.

Sali est une chanson d’amour. Je suis un éternel lover. Je ne faisais que des chansons d’amour à mes débuts. C’est un clin d’œil à la beauté de la femme africaine. C’est aussi une chanson pour aider les femmes à assumer leur couleur de peau et apprécier leurs origines.

Quels sont les autres sujets que tu voulais mettre en avant dans cet album ?

Dans Amoul Solo, je parle de la manière de relativiser dans la vie. J’ai eu la chance de beaucoup voyager dans ma vie. Et beaucoup de mes frères sénégalais n’ont pas eu cette opportunité d’aller très loin. Pourtant, ils vivent heureux, malgré le peu de moyens. Comme quoi le bonheur, ce n’est pas que dans le matériel. Il y a des endroits, comme à Monaco par exemple, où les gens ont beaucoup d’argent mais ils peuvent parfois déprimer. Dans Amoul Solo je veux montrer que, tant qu’on a le soleil, tant qu’on a le sourire, la vie est belle.

Quels sont les premiers retours sur l’album ?

Les gens ont bien aimé, notamment au Sénégal. Je vis à La Réunion mais mon public sénégalais est toujours là. Mon intention est de faire voyager l’album Adouna d’abord au Sénégal car c’est là où tout a commencé pour moi. Je compte aussi le promouvoir aux Etats-Unis, au Canada, en France et partout en Europe.

Est-ce que le fait d’aller à La Réunion était un choix ?

C’était vraiment un choix pour moi. Je suis un nomade. J’ai eu la chance très tôt de quitter le Sénégal pour aller en Europe. J’ai pu aller à Milan, Montpellier, Monaco… Un peu partout. Mais quand je suis allé pour la première fois à La Réunion, j’ai découvert une façon de vivre ensemble qu’on ne trouve pas ailleurs. J’ai aussi découvert la musique maloya qui est très rythmée. On y retrouve beaucoup de rythmes venus de l’Afrique. Aussi, je suis un fou de gourmandise. Je trouve toujours de la nourriture très épicée à La Réunion. Vraiment, c’est un endroit très riche.

Tu as joué pendant six ans au sein de l’Orchestre Baobab. Quel souvenir tu en gardes ?

Beaucoup. Baobab, c’est mon école. J’étais un membre mais aussi un élève. On apprend tous les jours. C’est grâce à cet orchestre si je joue du saxophone sur scène aujourd’hui. J’ai eu la chance de jouer avec Balla Sidibé qui est le membre fondateur. Il m’a donné la chance de participer à des albums, de jouer dans des salles immenses, de participer à des festivals… Avant de rejoindre l’orchestre, je voulais ressembler aux américains. On me surnommait « freestyle ». J’étais le plus américain des sénégalais parce que je chantais en anglais. Mais aujourd’hui, j’en ai presque honte, parce que je suis fier d’être sénégalais. Et ça, c’est grâce à l’Orchestre Baobab, qui m’a poussé à valoriser ma langue natale, le wolof.

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